Tout est sombre, j’ai du mal à discerner les bruits qui m’entourent. Le crépitement du bois en train de brûler à feu vive, les derniers râles des survivants agonisant autour de moi. Je sens ma tête pendre en arrière et mon épaule m’élancer d’une douleur vive.
J’ouvre lentement les yeux, j’aperçois difficilement … mon navire fendu en deux ! Les cuves d’ether brulant à feux vive dans une fumée bleuâtre et l’autre coté ensevelie dans un petit lac. Autour de moi, de larges pieds touffus me soulèvent. Je suis suspendu à une sorte de bâton, j’ai du mal à discerner leurs visages avec la lumière du soleil au zénith.
Un gargarisme familier s’éveil puis le visage touffu d’un Mau se penche devant mon visage, élevant la crosse de sa hache jusqu’à m’asséner un grand coup sur le crane.
Quelques heures plus tard, ou peut être des jours, je m’éveille enfermé dans une tente trop petite pour moi. Mes poings me tiraillent l’épaule, ligoté par le mat principal, j’ai du mal à bouger. Le vent souffle remuant la peau de Taygas tendu devant l’entrée ; j’aperçois deux petites lances à la sortie de la tente, tenu à la base par deux grosses boules de poil.
La tête bouffie d’un Mumu me regarde dans ouverture, pendant que j’essayer de tirer sur les liens de mes poignets jusqu’à ce qu’il se mette à hurler. « Issa réveiller, chercher grande prêtresse, enfin réponse venir ! »
L’une des boules de poils se mit à courir de façon ridicule pendant que l’autre s’approche la lance braquée vers ma gorge. « Toi pas t’envoler, grandes ailes, ou moi faire jolie trou avec grand-pik ! »
Ces petites jambes tremblaient, il me regarde droit dans les yeux en rongeant la tige d’Odela tenu entre ces grand crocs.
J’avais du mal à articuler, le dernier coup devait pas y être allé de main morte, ma mâchoire m’élancé de douleur à chaque paroles.
« Douchement rolie cœur, vach pas faire de bétiche avec ta brindich. »
Dernière lui une énorme ombre soulevant la peau à l’entrée de la tente, dépose sa main élégante tout en priant le garde à reprendre son poste en un soupir.
Celui-ci retourne à son poste sans rechigner, l’ombre approche de mon visage agitant un grand bâton chamanique vêtu de petits crânes humain. Elle vient me saisir par la mâchoire pour me forcer à la regarder dans les yeux. Son poil est noire, ces courbes honnêtes et ces yeux perçant.
Je sens sa griffe pointer sur mon visage en suivant des lignes sur mon visage, une douleur brulante que je n’avais pas remarqué. Elle sourit dévoilant des canines impressionnantes puis articule dans un accent Mau :
« Peau rude mais bien tenir l’encre, toi enfin prêt pour grande cérémonie Grandes Ailes. »
Je plisse les yeux « Qu’est’ch’ qu’t’ as fais à mon visage la folle et ch’est quoi chet’histoire d’chérémonie ? »
« Ancetres dires, grand méteore tomber du ciel la grande nuit précédente ou les étoiles s’aligner, récolte sera prospère pour des générations et grand cadeau doit être fait pour les serpents. Cadeau d’un lointain cousin aux ailes noires pour offrande de mort, si noussa pas obéir noussa vouer à avoir mauvaise récolte sur des générations. Toi préférer peut être nous manger ta viande peut être ? »
« Oula vout vout trompez ma pauv’ dame, chuis pas ce que vous croyez, regardé j’ai pô d’aile ! »
Elle agita son baton muni d’une epaisse couche de plume d’un noir mat, que je connaissais un peu trop bien.
« Tu me le paieras boufheuz d’Odela. Tu l’emporterash d’les abyshes celle la ! »
Elle se mit à fêler d’un rire étouffé puis sortie d’un pas non challant. « Ce soir, grandes ailes, les étoiles seront alignées et nous réglerons nos comptes lorsque ta tête touchera le sol. »
Je n’ai pas pu fermer l’œil, à entendre tous les bruits qui s’animer autour de ma tente. Pas moyen d’y trouver un moyen d’évasion, les liens étaient parfaitement tenus par le mât et impossible d’espérer pouvoir le soulever du sol avec mon épaule démise. Avec la quantité de plume qu’elle m’avait arraché je ne pourrais pas voler bien loin de toute façon, visiblement j’étais irrémédiablement voué à ce triste sort. Une fin bien misérable pour des années de pirateries et de brigandages. Le juste retour du karma sans doute…
La nuit tomba rapidement et je n’ai eu droit qu’à une moindre boustifaille composé d’Odela comme dernier repas, j’en aurais éviscérer un pour au moins un verre de Rhum.
Des gardes plus robustes vinrent me chercher, l’un avec la crosse d’une hache que j’avais examinai d’un peu trop près. Il me souriait d’un air carnassier, je le lui rendis accompagné de ce qui me restait de salive ce qui me valu un bon coup de poing dans les cottes. « Outch, au moins c’est sure, je ne rêve pas… »
Nous traversâmes l’intégralité du village de part des petits pavés dallés jusqu’à la cime d’un arbre immense dégageant une aura malsaine. Ils me firent monter sur une estrade face à une statue représentant un Ginseng énorme est difforme. La cérémonie commença, les Mumu dansant en cercle et jouant diverses instruments primitifs jusqu’à l’arriver de ce qui semblait être le chef de village. Bien plus imposant que les autres avec un masque en bois arborant diverses babioles.
La prêtresse entama un long récit sur la prophétie que ma mort devait accomplir en langue Mau, j’en comprenais mal les sens avec leurs accents étranges. Ils me firent boire des liquides écœurant tandis que mon bourreau aiguisé sa hache et qu’ils ramenèrent diverses outils symboliques dont une énorme paire de cisaille qui serait sans doute destiné à m’arracher mes ailes.
Je déglutinai en regardant la cisaille luisante en marmonnant, évasif.
« Si j’avais au moins un p’tit verre d’Rhum pour faire pasher tout sha. »