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 [chroniques] Cassandre et Dies, le Requiem du Roi

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Grâce / Meleth
Persistant


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Date d'inscription: 27/11/2009
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Race: Elyséen
Classe: Aède
Légion: Académie Esthar

MessageSujet: [chroniques] Cassandre et Dies, le Requiem du Roi   Mer 3 Mar 2010 - 13:59

Musique. Du Sang. Des larmes. Un sourire. Une chaleur. Il ne fait pas encore tout à fait jour mais déjà la salle de musique résonne d'une superbe mélodie à la fois triste et douce. Le Requiem du Roi, nous l'avons écrit nous n'avions pas vingt ans. Tes mains glissent sur les touches du piano que tu palpe et caresse du bout des doigts. En cinquante ans tes mains ont acquis de l'expérience et pas seulement en musique n'est ce pas Shindael ? Mon archer glisse aussi sur le violon qui t'accompagne, derrière toi. Depuis combien de temps jouons-nous ?
"Grâce... parle-moi encore de sang, de complot et de peur...
- Te souviens-tu Shindael de notre prise de contrôle sur cette école...?"
La même question appelle toujours la même réponse. Tu aimes tant entendre ce souvenir et j'aime tant te le rappeler. Ils étaient trois à nous diriger, trois vieux, trois fous qui avaient perdu de vue notre objectif. Te souviens-tu de cette salle de réunion ? Kaewyth le fidèle les avait trahi, ils étaient paralysés grâce à ce café spécial qu'il leur avait servi. Rappelle-toi du premier, qui n'avait pas tout bu, il pouvait encore un peu bouger et avait rampé à tes pieds pour te supplier. Il m'agaçait. Des années qu'il essayait de te mettre dans son lit, à te considérer comme un de ces mignons inférieurs juste bond à montrer ses fesses. Lèche cul, il m'agaçait... avec toi il se comportait comme un porc, et c'est comme un porc que je l'ai saigné. Me pardonneras-tu un jour pour les tâches de sang sur tes vêtements blancs ?
Ensuite la deuxième... te souviens-tu de cette scientifique soit disant expérimentée qui a rendu tripes et boyaux pour un peu de sang sur le sol et le cadavre de son collègue ? Et ça se disait scientifique, greluche. Elle avait souillé le sol, et l'odeur était bien trop insupportable pour nos narines raffinées. Ton petit chapelet à bien tout nettoyé, en quelques secondes les billes l'avaient changée en brasier vivant. Mais rien n'était aussi brûlant que toi beau Soleil. Après quelques minutes il n'y avait plus que des cendres et une odeur de chair brûlée.
Et enfin le troisième. Mon cher beau père qui ne s'était pas gêné pour demander ma main en présence de mon fils de cinq ans. Qu'en avons-nous fait ? Nous l'avons offert à Kaewyth, son corps était en très bon état, et Kaewyth avait besoin de refaire une santé au sien. Je crois qu'ils en a encore quelques pièces en souvenir. Eltnen est grand, la jungle couvre bien les sons et les odeurs. Notre premier coup d'État... ou coup d'éclat. Cette odeur de sang et de chair brulée, nous avons savouré notre victoire comme il se devait. D'ailleurs la table de la salle de réunion est toujours là. Tu souris. Tu le sais, je t'ai vu plusieurs fois t'y rendre en journée avec un sourire. Notre naissance, notre renaissance.
Nous avons ensuite marqué sur nos visages le lys que nous portons encore. Tuer de cette façon est irréversible. Nous étions jeunes, tueurs, et nous ne ressentions pas le moindre remord... et c'est ainsi depuis soixante dix ans. Un râle, un soupir, comme à chaque fois alors que nos doigts glissent sur le piano et sur l'archer tu te laisse aller à la jouissance de cette journée qui a fait de nous des Seigneurs.
Je pose mon violon, tu te lève du piano. Tu souris. Un rayon de soleil passe à travers les rideaux, éclaire nos armures. Ne fais pas semblant je sais bien que tu matte, sinon je ne ferais pas une catin crédible dans ces bordels. La vie d'une innocente en dépend alors autant faire ça bien. Tu enfile par dessus ton armure ce manteau blanc, moi mes jupons rouge. Dans le couloir on entend les premiers élèves qui vont prendre leur petit déjeuner. Le rideau et la fenêtre s'ouvrent. Nous sommes déjà partit. Au dessus d'Eltnen le soleil frappe fort, je sais que tu aimes ça Prince Shindael...
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Shindael
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Date d'inscription: 21/01/2010

MessageSujet: Re: [chroniques] Cassandre et Dies, le Requiem du Roi   Mar 16 Mar 2010 - 23:29

http://www.youtube.com/watch?v=H8CWwEXuSeE

Je suis ton seul soleil, tu ne l’as jamais nié. Le seul soleil qui préfère le crépuscule ; et aujourd’hui il est superbe. Noyé dans l’ambre de ta peau et hypnotiser par la grâce dansée de ton jeu au violon, je vois le monde comme personne ne le voit. Nous sommes l’envers de ce monde. Voilà même que ton archet donne le tempo au piano ! Les gammes s’achèvent avec précipitation, nous n’aimons pas attendre, et puis, nous n’avons jamais besoin de nous accorder. Le destin l’a fait pour nous. Grâce, offre moi ce regard, raconte moi encore cette nuit….

Pas une lampe, pas une bougie. La nuit comme manteau et Dies qui tente vaillamment de nous éclairer, prisonnier de ta poitrine nue qui vient s’écraser, brulante, sur la mienne. Suis-je épuisé ou comblé pour finir par rendre les armes et laisser ma si belle crinière blonde s’écrouler dans un soupir sur l’exotique bois de ce qui deviendrait notre table ? Notre table, notre nuit. Avec toi, mon épine, je possède tout, je m’approprie tout.

Le silence que tu t’amuses à rompre par la symphonie de tes lèvres jouant en rythme notre requiem sur la peau brune de mon cou ne s’enhardit pas longtemps. Il semble toujours rougir de la vision que nous lui offrons mais, lui non plus ne peut nous résister. Nous le réclamons et il accourt, je tourne lentement la tête pour m’offrir davantage encore à ta bouche, et il fuit, apeuré par le doux bruissement de mes cheveux sur notre couche rigide.

Face aux miroirs de la salle du conseil, je contemple l’image que Dies projette de nous. Notre silhouette à elle seule raconte aux ombres, entre les longues trainées de sang, notre folle soirée.

Je sens tes griffes le long de mes côtes, elles essuient encore un sang qui n’est pas le tiens, ni le miens, mais que tu as fait nôtre. Cet insignifiant et répugnant minable. Il me voulait et tu l’as eu. Tu n’as pas joué avec lui, mon chaton, tu l’as chassé. Somptueuse panthère, j’admire ta clémence, ta proie n’a pas beaucoup souffert.

Je devine la lueur d’or dans mes yeux, implacable regard d’un farouche soleil qui vient d’inonder cette pièce et qui joue à présent avec ces miroirs. Il a connu deux femmes ce soir.
La première n’a pu résister à son jugement, immonde pécheresse hurlante. Tu le sais, mais rais purificateurs ne connaissent pas la pitié, et cette sotte ne l’aura jamais compris, pas même dans ses derniers cris. Pitié. Non, ne demande pas de pitié mais l’expiation. La seconde c’était toi. La seule à pouvoir le dompter, nous dompter. La vie a fait de toi La Femme. Un royaume où je suis le prince, et où tu demeures à jamais une reine qui dévorera tous ses consorts.

Je goûte encore le sucre de ta peau, la sueur de notre étreinte, le sang de ton exploit, et je souris en te voyant cambrée dans ces miroirs. Ils sont mille à nous admirer, se reflétant les uns les autres, muets et fiers témoins de notre éclat, de notre renaissance, de ce totem que nous formons. Toi et moi, enlacés, embrasés, comme deux fauves imbriqués dans la gravure d’une colonne d’ambre et d’or, ultime symbole d’un destin et d’un pouvoir sans limite.

J’hume l’odeur de chair brûlée, un parfum de victoire. C’est l’encens qui honore les deux nouveaux seigneurs que nous sommes à présent. Ton sombre reflet m’amuse, je vois bien que tes narines frémissent de satisfaction.

J’entends ce qu’un miroir est trop grossier pour mettre en scène. Entrelacée aux soyeux rideaux de jais de tes cheveux, Cassandre chante et m’enivre. Elle tremble et frissonne, elle aime Dies comme je t’aime. D’une certaine façon, ils sont moins pudiques que nous, tu ne crois pas ? Sa mélodie ne faiblit pas, sublime archet de puissance…

Un archet. Le tiens court si vite ma douce épine ! Dans cette salle de musique où nous nous trouvons, soixante dix ans plus tard, rien ou presque n’a changé. Le Requiem du Roi résonne toujours. Ce monde a encore besoin de nous, et ce soir, le Code nous mène une fois de plus sur de mystérieuses routes où nous espérons flirter avec le danger. Mes doigts cessent leur étreinte avec l’ébène et l’ivoire et tes griffes relâchent les cordes. Vite, ouvre cette fenêtre, il est temps de dérober cette nuit, pour l’honneur et la gloire, pour Cassandre et Dies.
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