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 [Chroniques]Silahe, Bribes et Souvenirs

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Silahe
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MessageSujet: [Chroniques]Silahe, Bribes et Souvenirs   Lun 8 Fév 2010 - 13:49

Fiche de perso ici.

La jeune Silahe, belle et indomptable… on la voulait soumise, et elle aurait du l’être. C’est bien ce qu’elle se disait, après coup, comme une enfant qui se rend compte trop tard de son erreur. Sauf que cette fois, ce n’était plus une simple bêtise… la désirable courtisane à la langue habile mais trop bien pendue… avait tenue des propos qui noircirait à jamais son destin. Torturée et enfermée pour son hérésie envers les Seigneurs Shedims, elle attendait son exécution, ou pire encore, dans une fiévreuse tourmente.

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Cette tenue... Oui je l’ai laissée dans ma chambre, je n’ai pas eu encore l’occasion de la porter, il faudra que …
La douleur dans mon épaule me sort de mon rêve, m’arrachant en même temps un râle qui raisonne dans les couloirs des geôles de la tour. Cette douleur qui me renvois à l’odeur de ma propre chair calcinée. Elle se répand dans tout mon corps, me vrille la raison. Je me plie en deux pour contenir cette marée, vainement... Elle me submerge, je me mords la lèvre inférieure jusqu’au sang pour ne pas hurler.
J’ignore qu’elle est vraiment ma tolérance à celle ci… Peut être est-ce que je l’ai atteinte lorsque je la sens s’en aller, mon corps me protégeant contre des dommages plus grave encore que pourraient causer cette torture. Comme maintenant, juste là ... oui elle s’en va... Je pousse un long soupire, mes idées retrouvent lentement leur place, ma main se décrispe de mon épaule, dévoilant ce trou béant dans mes chairs brûlées à vif.
M’allongeant à nouveau sur le dos pour contempler les ténèbres de ma cellule, je retiens un rire nerveux, à l’idée qu’il y a quelques semaines de cela, j’aurais hurlé en me cassant un ongle.

Mes yeux s’habituent lentement à l’obscurité, me révélant ma cellule. Simple et de bon goût, juste ce qu’il faut pour avoir son petit confort à sois. La couchette, dont quelques brins de paille sournois me rappellent que ma toge est décidément trop fine. Un seau d’eau froide, au cas où je pourrais avoir envie de me laver devant les yeux ébahis du garde… Ou encore pire, il pourrait s’en moquer. Non, ce serait trop vexant. Et puis une chaise, et une table, pour … pour quoi faire d’ailleurs... j’imagine que je ne suis pas là suffisamment longtemps pour réellement avoir besoin de m’en soucier.

D’un instant à l’autre, je m’attends à voir le garde qui viendra me chercher, ouvrant cette grille que personne n’est fichu d’entretenir pour qu’elle fasse un tel bruit… il m’entraînera dans le dédale de cet étage lugubre, jusqu'à une porte métallique close aussi glacée que l’âme de mon bourreau. Et derrière tout s’arrêtera enfin et surtout cette fichue douleur …
Délier ma langue au sujet de mes seigneurs et maîtres aura au moins été ma dernière erreur.

J’avance dans cette pièce qui ne dénote pas avec les autres, à la différence que celle ci est vide à l’exception d’un tabouret, en plein centre. J’avance en remarquant que je peux marcher normalement et que je n’ai plus mal nul part, étrangement … Ainsi c’est cela la vrai punition de la mort, tous nos maux disparaissent d’un coup sans que nous puissions en profiter plus de quelques minutes... J’avance, m’apprête à m’assoir lorsque le garde qui m’accompagnait me donne un violent coup derrière les genoux pour me faire chuter… Réduisant en même temps à néant ma théorie à propos des maux. Il m’empoigne par les cheveux, m’appuie la joue fermement contre le tabouret, et j’aperçois alors du coin de l’œil l’éclat glacial d’une lame.

Non.

A nouveau je me réveille en sursaut, haletante, mes cheveux collés à mon front par une pellicule de sueur. Je suis toujours sur le dos, les yeux rivés au plafond.

Non... non pas comme ça…

Pourtant ça ne va forcément pas être une partie de plaisir, la mort c’est sale, douloureux, triste, de manière relative à tout ce qui nous y a conduit… Et dans mon cas…

...
Il faut que je pense à autre chose.
...

Je pourrais courir en rond autour de la cellule pour m’épuiser et me rendormir … Non c’est vraiment stupide, je suis sans doute en train de perde le raison.
Ou alors attirer le garde pour une folle chevauchée, c’est toujours mieux que de courir bêtement, et au moins cela profitera à quelqu’un. Je l’implorerais, de me faire goûter une dernière fois à cette plénitude, il ne pourrait pas refuser… Enfin peut être que si ... et puis c’est encore pire comme idée, si quelqu’un m’entendait penser, je passerais vraiment pour la dernière des folles.

Mais déjà, sournoise, elle renaît, la Douleur. Je la sens venir cette vicieuse, d’abord toute douce. Au début on se dit qu’elle va en rester là, et qu’on va supporter ça un moment et puis…
Et puis je décide de donner un violent coup de tête contre le mur de pierre de ma cellule, m’échappant en courant sans regarder derrière moi... Libre à elle de faire ce qu’elle veut ... de toute façon, je ne serais pas là pour la voir.
Avec ce sentiment de victoire futile... je sombre dans le néant, monde où l’empire des sens et des rêves n’a pas court, dans un monde sûr, et plat... jusqu'à mon prochain réveil.

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Silahe
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MessageSujet: Re: [Chroniques]Silahe, Bribes et Souvenirs   Mar 9 Fév 2010 - 12:58

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J’ai perdu le fil, le compte des semaines, des mois ou même années… s’il n’y avait ce garde qui venait m’apporter chaque jour ma pitance, j’aurais de quoi penser qu’on m’a oubliée.
Je me suis terriblement affaiblie, mentalement, physiquement. A force de ne rien manger, ou à peine. A force de vivre dans cette obscurité sans fin…qui s’infiltre en mon âme et mon corps à chaque inspiration, par tous les pores de ma peau… tel un poison qui agit lentement et ronge ma raison.

J’ai maintenant oublié le sens de mots tels que ... Espoir, Chaleur, Lumière… je me sens damnée parmi les damnés, sourde et aveugle, et il apparait désormais évident que je ne serais pas exécutée, mon châtiment est clair : je dois être un exemple durable. Celle qui « se flétrie jours après jours dans une cellule puante pour avoir laissé ses pensées s’égarer ».

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Je sortirais d’ici pour les dévorer tous, mes griffes, mes mains plongeront dans leurs entrailles pour leur arracher la vie. Leurs hurlements seront pour toi, ma récompense.

Tels sont les murmures à demi voilés qui raisonnent dans le silence pesant des lieux, je pense tout haut, parle toute seule, grogne et gronde contre les murs et les grilles qui me retiennent, frape de mes poings chaque traces sombre sur la pierre qui sont comme autant de sourires moqueurs à mon égard.

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J’ai à présent vu un grand nombre de visages défiler, et se succéder pour monter la garde à mon étage. Certains, intimidés, d’autres apeurés ou d’autre encore sournois et vicieux, venant me narguer comme un enfant cruel le ferrait avec un animal en cage. Cependant... aucun ne m’a touchée, jamais.
Pourtant j’en rêve… je rêve de pouvoir déchainer ma rage et ma haine dans un déluge sanglant sur le premier venu, quel qu’il soit, pourvu qu’il approche.
Je n’en ai plus envie, j’en ai besoin.

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Dans les rares moments de lucidité qui me font encore ouvrir les yeux, je pense à ce que j’étais. A ceux qui m’avaient accompagnée contre un sourire. Je ne les reverrai plus… je les ai enterrés, et porte en mon cœur cent deuils d’un coup. De quoi me faire préférer l’univers de démence que je me suis forgée années après année, qui s’est épanouît comme un arbre centenaire et tentaculaire, écartant jusqu'à la pensée de ma propre condition.

Les années passent.
Les siècles passent
Le monde change

Le mien aussi.


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Silahe
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MessageSujet: Re: [Chroniques]Silahe, Bribes et Souvenirs   Lun 15 Fév 2010 - 18:24

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Je passais désormais le plus clair de mon temps à explorer mon inconscient, prostrée dans un coin de la cellule à murmurer avec moi-même, fomentant des plans insensés concernant un avenir qui n’existait plus.
Jusqu'à ce qu’un jour, elle vint violer mon quotidien.
La lumière
Blanche, crue, violente, comme un dard qu’on aurait planté tout droit dans mes rétines exagérément dilatées. D’incompréhension, puis de peur je me recroqueville dans mon coin, cherchant refuge dans les ténèbres… mais la lumière mange tout, me laissant brebis égarée, en proie à cette chose que je n’avais plus vue depuis trop longtemps.

- Ouvrez.
Je n’avais pas même entendu le bruit des pas, toute plongée dans mon univers que j’étais. La voix masculine est assurée, celle de quelqu’un habitué à donner des ordres.
Le grincement horrible de la porte raisonne en écho avec le son de la voix, finissant de déchirer le voile de mon monde imaginaire. Le cligne des yeux, mes pupilles peinant à se concentrer sur cet environnement lumineux, me laissant à peine voir la silhouette qui s’approche de moi, au dessus de moi.

- Alors ma grande, on revient de loin ?
La voix est railleuse, insupportable de condescendance. Moi qui m’apprêtait à détourner les yeux, me faire toute petite … je me surprends à refermer mes poings, rassembler le peu de forces dont je dispose pour effacer cet intrus.

- Je ne ferrais pas cela à ta place
Reprend la silhouette sur un ton plus froid sans appel, tuant ma volonté dans l’œuf.
Il s’accroupie face à moi, j’entrevois désormais son visage. Ses traits sont marqués, barrés de cicatrices disgracieuses… mais c’est son regard qui retient toute mon attention. Très clair, brillant d’une froide détermination. Sans un mot, il m’observe plongeant son attention dans mes yeux de nuit comme décidé à sonder mon âme, au plus profond.

- Ca te dirait de sortir ?
La question s’abat sur moi sans pitié, me torture une brève seconde supplémentaire. Est-ce qu’il se joue de moi ? Sans même réfléchir aux conséquences, je me risque à un timide hochement de tête.

Un sourire, compatissant encore, mais franc cette fois accueil ma réaction.
L’homme se redresse enfin, sans rien ajouter, et se détourne en concluant la rencontre irréelle de manière soudaine.

La suite est comme un rêve, mes yeux son meurtris par cette lumière encore et encore, alors que je suis d’avantage trainée qu’escortée d’un étage à l’autre, d’un dédale à un autre. On me parle, me questionne, je n’entends rien, ne comprend rien et répond parfois au hasard, totalement dépassée.
On fini par m’abandonner derrière une grille austère… encore une. Mais cette fois je suis de l’autre coté. Du coté de la brise qui agite ma chevelure pâle et ramène chacun de mes sens à la vie. Une nouvelle naissance oui… c’est bien cette impression là…
Je respire à plein poumons, me surprend à éclater d’un rire nerveux, dément…

Encore déboussolée et éblouie, embrassant de son regard sombre l’éclat de ce qui s’offre à elle, la Daeva murmure en un défit au monde et a elle-même…
« Me revoilà… »


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Silahe
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MessageSujet: Re: [Chroniques]Silahe, Bribes et Souvenirs   Hier à 13:00

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Assise dans ce lieu irréel… je me permets de fermer les yeux, de laisser ces énergies m’enivrer, me vider l’esprit. Sur les toits de la forteresse de Primum, adossée contre cette colonne de pierre qui a vu des siècles passer, je me sens juste … bien, dans mon élément. Loin des regards, des jugements et des soupçons, je me contente d’être moi-même, pour une fois.

Loin, plus bas, me parviennent les rires, des cris étouffés de cette faune inhabituelle, bien différente de celle de Pandémonium. Une farouche excitation guerrière est sensible ici, presque palpable… on imagine les esprits aux aguets, et ceux qui sont assez courageux, ou fous, pour sortir de l’enceinte de la forteresse… le font avec les yeux dans le dos.

Mais ceux qui passent leur temps à surveiller leurs arrières, ne voient pas toujours arriver la fin en face.

Je me redresse d’un bond, m’étire tout en souriant au ciel éthéré. Est-ce le moment d’y aller ?
Peu importe, il n’est pas de bon moments, pour aller se perdre là bas... là ou le Chaos est seul Maître, et balaye les lois. Je prends une profonde inspiration, et déjà m’élance dans le vide, déployant mes ailes sombres pour me diriger vers les strates supérieures de ce lieu maudit, en quête de larmes et de sang.

Comme dans un songe, je fends l’éther, me dirigeant à l’instinct dans ce paysage à l’agonie, guettant à chaque instant la présence d’une proie. La sombre Furie commence à s’agiter en moi, me réclamant ce que je suis venue chercher... un déchainement de violence brutal, dénué de sentiments.

Soudain, le bruit d’un affrontement attire mon attention, plus bas. Sans même réfléchir, je plonge, serrant mes ailes contre mon corps pour fondre à toute vitesse vers la silhouette qui se dessine. L’air fouette mon visage, la sensation, mêlée à celle de l’éveil de la Furie est grisante. Mes dagues quittent leur fourreau dans la symphonie funeste d’un son métallique… Elle est là… une combattante aux prises avec une créature du néant… Je vise déjà un point précis dans son dos, apprêtant la lame fermement tenue par mon poing crispé …Quand soudain elle s’efface devant mes yeux, laissant derrière elle le corps de la créature démoniaque affreusement mutilée.
Je cligne des yeux a plusieurs reprises, d’abord prise d’incompréhension.

L’ai-je rêvée … ?
Non, bien sûr que non Sil’. C’est toi qui va te faire dévorer, cette fois.


La voix de la Furie qui raisonne dans ma tête est railleuse, je me sens soudainement abandonnée, vulnérable. L’excitation d’il ya une poignée de seconde a laissée place à un insupportable sentiment de détresse… Je regarde autour de moi, mon regard de nuit trahissant ma crainte.

Il ne faut pas que je traine…Je m’apprête à reprendre mon envol, assurant mon appui sur mes pieds pour m’élancer, lorsque qu’une fulgurante douleur me cloue littéralement au sol. Un cri déchirant s’échappe d’entre mes lèvres crispée... je fais demi tour sur moi-même pour darder mon regard sur l’Elyséenne qui s’apprête déjà à porter le second coup dont je me protège en un ultime reflexe. Je recule, elle avance avec hargne, sans la moindre pitié : elle me veut. Elle me veut même à ses pieds. Blessée, je peine à suivre le rythme de ses assauts, le tranchant de ses lames réveillant en moi de vieilles blessures… de vieilles craintes. Je n’ai plus qu’une idée en tête ... fuir. D’un geste désespéré, je parviens à éviter un coup porté en direction de ma gorge et en profite pour assener un coup de pied contre dans son genoux pour lui faire perdre l’équilibre... sans attendre, je prends mon envol, et essaye de m’éloigner avec la pire des motivations : La Peur. Je suis blessée, épuisée, qui sait combien de temps je pourrais tenir. J’entends derrière moi les ailes de ma rivale se déployer, un rire moqueur raisonner… Je redouble d’effort pour m’éloigner, cherchant les ombres qui sauraient me cacher... en vain, elle me voit, me suis : me connais.

Je dois rejoindre la forteresse… elle est encore loin, et déjà mes forces m’abandonnent, je ralentie malgré moi, chaque battement d’aile m’arrachant de douloureux gémissements. La structure de pierre titanesque ne semble même pas se rapprocher de moi. Le son funeste du battement d’aile qui me précède se rapproche belle et bien, lui. D’une main tremblante, je décroche une fiole à ma ceinture, et tente de la vider entre mes lèvres figées par un rictus de douleur. Ma dernière chance.

Le liquide fait son chemin dans mon organisme et me rend quelques forces. J’accélère alors mon vol en direction de la forteresse, j’aperçois même deux gardes s’agiter : l’un des deux bande son arc dans ma direction. Celle qui me suit connais son affaire, elle reste dans mon sillage et me suis comme mon ombre. Cette garce se fait un bouclier de mon propre corps. J’imagine ses griffes saisir mes chevilles d’un instant à l’autre… quand soudain une flèche vient filer à coté de moi, s’en suivant une plainte rauque : l’Elyséenne était touchée. J’en profite pour redoubler d’efforts et regagner l’enceinte alliée sans même me retourner.

A peine mes pieds frôlent-ils les pierres de la muraille que je m’effondre dans un souffle, peinant même à me maintenir à quatre pattes tant mes membres sont pris de tremblements . Je trouve la force de me trainer dans un coin reculé de la forteresse pour m’y allonger en position fœtale, masquant mon corps de l’une de mes ailes.

Dans mon esprit, les sensations se bousculent encore, mais laissent peu à peu la place à une autre, plus forte, plus sombre. Un profond sentiment de haine à peine raisonnée, primale et venimeuse.

Faut-il croire qu’elle n’était pas tout à fait partie… la Furie.

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