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 Ephémère Eternité

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Elowyn Vanyar
Nomade


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Date d'inscription: 19/03/2008
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MessageSujet: Ephémère Eternité   Dim 6 Déc 2009 - 17:06

Ephémère Eternité
__________________________________________
L'histoire d'Elowyn Vanyar



Chapitre 1 - Une improbable rencontre (Les origines d'Elowyn Vanyar)
    A L'AFFUT
    UN GUERRIER AGUERRI
    LORSQUE LA VIE BASCULE
    LA SAGESSE D'UN VIEUX SHUGO
    L'AMOUR DANS L'EXIL
    FRUITS D'AMOUR ET D'AMITIE


Chapitre 2 – Les balises du temps (L’enfance d’Elowyn Vanyar)
    LE DON DU CHANT
    LEGITIME DEFENSE
    DE L'ETAT DE L'AME
    LA FIN DE L'ENFANCE : l'annonce
    LA FIN DE L'ENFANCE : l'exil


Chapitre 3 – Itinéraire d'une Aède (Les voyages initiatiques d'Elowyn Vanyar - Asmodae)
    UN HAVRE
    UN MAITRE
    DOULEUR ET REVELATION DE L'EVEIL
    BIENVEILLANCE
    CONFIDENCE
    L'ARC ET LE BATON
    L'ORDRE DES EMISSAIRES D'AION


Chapitre 4 – Si loin, si proches (Les voyages initiatiques d'Elowyn Vanyar - Les Abysses)
    AMITIES ETERNELLES
    LE HASARD DES ABYSSES
    LE FLEAU DES BALAURS
    LE THARGRIMM
    UNE FAMILLE ELYSEENNE
    INVITATION AU VOYAGE
    RETROUVAILLES


Chapitre 5 – Histoire d’un aller-retour (Les voyages initiatiques d’Elowyn Vanyar - Elysea)
    LA DECOUVERTE D'ELYSEA : la famille
    LA DECOUVERTE D'ELYSEA : l'aventure
    DES CHASSEURS DE DRAGON
    RETOUR EN TERRE NATALE
    UN AMI IMAGINAIRE


Chapitre 6 – Les balbutiements d'une légion (La première légion d’Elowyn Vanyar)
    LE GRAND MARCHE DE PANDEMONIUM
    ZEDICARIUS ZELLENDAR
    FUITE ET FIN D'UNE EPHEMERE LEGION
    IMRHAIL THERGILL


Chapitre 7 – La Promesse (La quête spirituelle d’Elowyn Vanyar)
    FILATURE
    FILIATION
    LE SCEAU D'ALMISSARAH
    LA CAMARILLA DRACONIS


Epilogue



Dernière édition par Elowyn Vanyar le Ven 30 Avr 2010 - 18:53, édité 38 fois
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Elowyn Vanyar
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MessageSujet: Re: Ephémère Eternité   Dim 6 Déc 2009 - 17:10

Chapitre 1


Une improbable rencontre
(Les origines d'Elowyn Vanyar)



A l'affût

La lumière se diffusait gracieusement dans les sous-bois au travers des brumes matinales. Une légère brise animait les feuillages de la forêt dont la fraicheur éveillait doucement la faune et la flore. En cet instant le cadre pouvait paraître féérique, même pour un Asmodien aux aguets en lisière d’une forêt en plein cœur d'Elysea.
A l’ombre des fourrées, le regard du guerrier Asmodien était vif sous cette lumière atténuée, comme celle du crépuscule permanent d’Asmodae. A quelques distances de sa position, l’étranger pouvait observer les villageois aller et venir. Des femmes et des enfants Elyséens évoluaient dans leur quotidien sans imaginer que des ennemis rôdaient non loin d’ici.
Tout en observant cette scène de vie villageoise, le guerrier Asmodien se remémora une conversation qu’il eut peu de temps avant de partir pour cette expédition sur Elysea.

« Alors, le grand guerrier de la famille Thergill, a maintenant 20 ans et s’en va pour son baptême en territoire ennemi ? Il va pouvoir prouver sa valeur, pour l’honneur et la fierté de sa famille.

- Bonjour Imrhaïl. Ton amitié et tes sarcasmes me manqueront un peu durant cette expédition. Je vois plutôt cela comme l’occasion de découvrir cette terre baignée de lumière dont on nous parle temps. Et puis c’est mon destin.

- Ton destin. Je vois que tu utilises l’humour maintenant. De quoi me faire rire à m’en faire mal aux côtes. Tu es vraiment trop drôle. Le destin, quelle grandiloquence.

- Je sais que tu y crois peu. Mais nous autres Daevas sommes liés à Aion et notre existence dépend de sa volonté. Ou du moins celle qui nous reste connue.

- Te voilà condescendant maintenant, je ne suis qu’un mortel qui ne comprend rien c’est ça ?

- Non, Imrhaïl. Et tu le sais très bien. Ta science et ta connaissance sont certainement plus poussées que les miennes. Mais oui tu es mortel et moi Daevas. Nous avons des pouvoirs et ceux-ci exigent des devoirs en retour.

- Et ton devoir est d’aller tuer des Elyséens parce qu’Aion te l’a demandé. Mais personne n’est entré en communication avec Aion depuis au moins un millénaire. Tout ce que tu appelles destin n’est que l’interprétation dont vous abreuvent les anciens Daevas. Notamment nos trois grands oncles qui ont connu la catastrophe et ont leur propre vision de cette guerre.

- Mon devoir est de combattre pour la survie de notre peuple qui a tant souffert pour s’adapter sur cette terre hostile que nous avons fini par aimer.

- Comme c’est beau, tu parles comme un livre.

- Ça t‘amuse de railler ces vérités. Mais la guerre est une réalité. Je ne saurais dire à qui vont les torts, mais nous devons nous défendre.

- Oui je te comprends, et pour ce qui est de nous protéger je rend honneur et voue mon respect aux Daevas. Et là tu vas en Elyséa pour nous défendre contre les grands méchants Elyséens, plein de leur arrogante lumière dont nous ne récupérons que l’ombre.

- Tu cherches toujours à tout tourner en ridicule. Mais oui il faut frapper l’ennemi en son sein pour lui montrer que nous ne nous soumettons pas, que sa puissance n’est pas absolue.

- Mais alors tu ne fais que perpétuer ce cycle de la vengeance qui arrange bien les desseins de nos guides. Tant qu’il y a la guerre ils nous sont utiles et dirigent nos existences.

- Ton cynisme me désole parfois.

- Ouvre les yeux Goderick, tu n’as qu’une vision partielle et subjective. J’ai étudié avec notre grande tante, qui a aussi connu la grande catastrophe, et son regard est beaucoup plus neutre.

- Cette vieille folle, personne ne l’écoute.

- De toute façon le problème n’est pas là. Tu vas sur le territoire ennemi. Il y a là-bas des mortels, des femmes et des enfants, qui comme chez nous tentent de vivre paisiblement. En allant faire la guerre là-bas tu prends le risque de t’attaquer à eux. Ce qui serait aller au-delà de la guerre. Comprends-tu mon ami ?

- Mais nos objectifs sont militaires, et nous ne combattrons que des Daevas.

- Tu dis cela sachant que des Elyséens ont mené des raids dans nos villages, et que certains des nôtres ont fait de même chez l’ennemi. La limite est bien ténue.

- Mais je ne suis pas comme ça.

- Je ne doute pas de ton sens de la justice. Tous tes actes de combattant sur notre terre te font honneur. Et je le dis sans ironie, tu es pour moi un grand guerrier, et un Templier qui a l’étoffe du héros impartial qui pourra un jour être au dessus de cette guerre. Et tu es mon meilleur ami, j’ai confiance en toi.

- Tes paroles me touchent. Tu sais que tu es aussi le seul en qui j’ai confiance. Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour faire en sorte que notre escouade respecte le code de l’honneur de la guerre.

- En fin de compte, tout ce que je voulais te dire c’est de prendre garde à toi, de rester celui que tu es par tes actes et d’apprendre de ton expérience qui s’annonce. Je te souhaite bon vent, et je t’attendrai Godo, pour que tu me racontes Elysea.

- Et je reviendrais te raconter, c’est promis ».

Les deux amis s’étaient alors enlacés virilement, traduisant leur longue et solide amitié. Mais de part leurs natures différentes, leurs routes étaient amenées à se séparer. Et ils avaient conscience que cette heure était venue. A ce moment ils n’imaginaient pas ni l’un, ni l'autre qu’il s’écoulerait un temps compté en année avant qu’ils ne se revoient.

Sortant de son souvenir, Goderick attarda son regard sur une jeune Elyséenne qui s’approchait de la forêt, à la recherche de plantes certainement. Elle marchait gracieusement, et la lumière matinale semblait la baigner d’une aura angélique qui transcendait sa beauté. La jeune femme accompagnait sa promenade d’un chant léger et doux qui semblait s’adresser à la pureté de la nature et saisissait le cœur d’une émotion simple. L’Asmodien ne pouvait détacher les yeux de cette Elyséenne, il était hypnotisé par cette vision enchanteresse d’une fée et cette douce mélodie que le vent lui apportait. L’odeur fraîche et enivrante de la flore qui s’éveille au petit jour acheva de le plonger dans un rêve.
La jeune femme s’enfonçait légèrement à l’orée du bois. Goderick tâchait de rester à couvert et de garder ses distances. Il était temps pour lui d’aller rendre compte de son observation à son relais dans la forêt. Il parti donc en direction du cœur de la forêt, mais toujours sous le charme de cette Elyséenne dans son esprit.
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Elowyn Vanyar
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MessageSujet: Re: Ephémère Eternité   Mer 9 Déc 2009 - 0:21

Chapitre 1 - Une improbable rencontre
____________- ii -_____________


Un guerrier aguerri

Il lui fallu marcher près d’une demi-heure, tout en restant à couvert dans les fourrés, pour rejoindre un combattant Asmodien qui faisait un guet intermédiaire à l’approche du campement de l’escouade. Goderick expliqua à son compagnon qu’il n’y avait rien d’autre, à l’est, qu’un village sans intérêt et qu’il faudrait plutôt aller vers le sud pour rechercher l’objectif militaire qui était le but de leur mission. L’autre éclaireur lui indiqua qu’un groupe de Kralls avait été repéré plus au nord et que des mouvements en direction de la forêt avaient été signalés. Le choix du sud se confirmait donc, les Asmodiens n’étant pas venus en Elyséea pour chasser du Krall.

Une image terrible traversa alors l’esprit de Goderick. Si les Kralls pénétraient la forêt et que l’un d’eux croisait la belle Elyséenne, qu’adviendrait-il de cette dernière. Son compagnon partît rejoindre le campement asmodien, et Goderick prétexta de repérer l’avancée des Kralls pour retourner sur ses pas. Cela paraissait fou de s’inquiéter du sort d’une étrangère et qui plus est d’une ennemie. Mais quelque chose de puissant animait le cœur du Templier. Son instinct avait souvent guidé son destin.
Il repartit donc en direction du village, en sa hâtant autant qu’il pu tout en restant à couvert et le plus discrètement possible. Il avait à peu près parcouru la moitié du chemin quand un cri traversa la forêt. Certainement trop loin du village, il devait être le seul à avoir entendu cet appel. Car il en était sûr, sa crainte se concrétisait, il s’agissait de la jeune Elyséenne appelant à l’aide.

L’urgence de la situation, les sentiments qui l’animaient le poussèrent alors à se mettre à découvert et à courir de toute sa vitesse vers ce qu’il supposait être le lieu d’où était partit ce cri. Il n’avait aucune idée de l’ennemi et du nombre qu’il aurait à affronter. Mais il n’avait aucun doute, son âme de guerrier allait pouvoir s’exprimer en Elyséa. La cause était juste, assurément pour un Elyséen, et certainement aux yeux de son ami Imrhaïl, mais surtout en son for intérieur. Il était en train de réaliser que par son action il accomplissait ce pourquoi il avait ces pouvoirs surhumains. Il devait protéger les plus faibles, les humains quelle que soit leur origine. Ils étaient le peuple choisi par Aion pour y faire naître les Daevas, comme lui. Les humains mortels devaient donc être la richesse, l’avenir, un bien des plus précieux d’Atréia.
Toutes ses pensées n’étaient pas aussi précises, mais de manière diffuse il se sentait animé d’une nouvelle force qui le portait dans sa course afin d’accomplir sa mission.

Il commençait à deviner à travers les arbres une immense silhouette suivi de deux autres plus petites semblant porter quelque chose, ou quelqu’un. Il ralenti son pas afin de se laisser un temps pour jauger ses adversaires. Les trois ennemis s’aperçurent de sa présence et qu’il se dirigeait vers eux assez rapidement. Les deux individus de taille normale déposèrent leur chargement suite à ce qui semblait être un ordre du géant. Puis les deux exécutants se dirigèrent, armés chacun d’une épée, vers l’Asmodien qui n’avaient pas encore sorti ses armes.
Voyant que ses ennemis avaient pris les armes et donc les devants du combat, le Templier accéléra son pas de course. Et dans un geste mille fois répété il plia ses bras dans son dos aux cotés de sa tête, sa main droite saisissant son épée, sa main gauche décrochant son bouclier pour le lancer légèrement au dessus de lui et placer son bras pour qu’il s’y enclenche dans le même mouvement. Le combat avait commencé pour lui. Ses yeux virèrent au rouge.

Il arrivait donc équipé et en pleine vitesse face à ses deux premiers adversaires, sans ralentir il écarta de son bouclier l’assaut du premier, puis abattit son arme sur le second dans un mouvement circulaire qu’il poursuivit pour attaquer le premier qui revenait sur ses arrières. Les deux créatures gisaient étendues profondément entaillés au niveau du thorax et du ventre.
L’Asmodien ne pensait pas les avoir tué, mais ils étaient suffisamment blessés pour ne pas pouvoir le suivre. Il continuait à prendre de la vitesse pour aller affronter la montagne de muscle qui l’attendait patiemment.

Il savait que pour avoir sa meilleure chance contre un géant, la vitesse serait un atout primordial. Le Krall était armé d’une grande hache dont le tranchant formait un quart de cercle de la taille d’une tête humaine. Il souleva celle-ci voyant le Templier s’approcher. Goderick arrivait à portée sans ralentir, le géant abattit sa hache mais avec un léger contre temps. L’ayant facilement anticipé le Templier s’écarta légèrement, non pas pour l’esquiver complètement, mais pour encaisser juste ce qu’il fallait du choc pour dévier l’arme et ainsi ouvrir un angle d’attaque sur le corps du Krall. Une fois la déviation effectuée Goderick pouvait terminer sa course en enfonçant sa lame dans le flanc du géant.

Le Krall poussa un cri, plus de rage que de douleur. Le sang coulait pourtant abondamment, mais il se sentait humilié par l’estocade de cet humain étrange, griffu et pourvu d’une crinière.
Il n’allait pas tarder à écraser cet insecte taquin. L’Asmodien était maintenant sur son flanc gauche. Le géant souleva sa hache monumentale et l’abaissa dans un mouvement descendant en biais en direction du Templier.
De nouveau Goderick anticipa le mouvement lent de la montagne qui tentait de l’écrabouiller. Avec son bouclier il accompagna le mouvement de la hache tout en fléchissant ses jambes et en baissant son torse afin d’esquiver. Il pivotait, comme si c’eût été de façon naturelle, sur ses jambes fléchies. Faisant un tour complet il relevait son corps, et grâce à son mouvement circulaire donnait une grande vitesse à son épée. Pendant que la hache de son adversaire se plantait dans le sol, le Templier finissait son arabesque en entaillant fortement le corps de son ennemi du flanc droit jusqu’à l’épaule gauche, tout en découpant la chair de son bras droit qui tenait encore la hache.

Le Krall sous le coup et la douleur tomba en arrière. Il lança pourtant sa hache, la tenant de sa main gauche, décrivant un demi-cercle devant lui. Cette fois l’Asmodien n’eût pas le temps d’esquiver, mais pu encaisser le choc amoindri par la chute arrière du Krall. Goderick se trouva tout de même projeté quelques pas en arrière. Il avait aperçu lors de son mouvement circulaire que les deux autres ennemis revenaient sur lui.
Avant que le Krall ne puisse reprendre l’assaut le Templier devrait en finir avec ces deux là. Lorsque le premier arriva avec le désespoir d'un combattant mortellement blessé il n’eût qu’à le transpercer de son épée tout en parant le coup du deuxième. Il ressortit vivement son arme du corps agonisant pour la planter dans celui de l’autre mourant. Les deux créatures tombèrent. Gisant mortes cette fois.

Dos au Krall il entendit comme un avertissement, un cri. Celui-ci poussée par la jeune femme qu’il n’avait pas encore aperçue certainement cachée dans quelques fourrées alentours. Il comprit que le Krall revenait à l’assaut. Il eût tout juste le temps de tourner son visage pour apercevoir le géant déjà sur lui, lançant l’assaut de sa lourde hache. Le Templier ne pouvait pas esquiver. Mais il savait encaisser. Instantanément son bouclier se chargea d’une aura doré, la grande hache vin se planter en son milieu. Goderick fléchi sous le choc du coup, il plia son corps en arrière entraînant la hache et son ennemi au-delà du point d’impact. Il glissa son épée entre les poignets du Krall qui tenait fermement son arme et les taillada. Le Krall légèrement déséquilibré avançait penché en avant malgré lui. Le Templier lâcha alors son bouclier, repris appui sur ses jambes, toujours fléchies et se propulsa sous le Krall. Epée en avant il enfonça son arme sous le sternum du Krall, jusqu’à la garde. La longueur de la lame garantissait que l’Asmodien avait atteint le cœur du géant. Celui-ci s’immobilisa net, sa vie s’arrêtait, les muscles tétanisés pendant quelques secondes. Goderick extirpa son épée du corps du Krall puis se jeta de côté. Le géant s’effondra lourdement faisant trembler le sol autour de lui dans sa chute. La tête du Krall vint s’écraser sur l’arrière de la lame de sa propre hache.

Goderick essuya son épée et alla reprendre son bouclier. Le combat n’avait pas été une formalité, mais il avait évolué en maîtrisant toute les phases de l’affrontement. Comme un virtuose il avait ôté la vie des ses ennemis en limitant ses efforts, ses gestes, mais avec une efficacité et une précision mortelle. Une personne avait été témoin de ce combat. La jeune Elyséenne qui était l’otage du Krall et de ses deux acolytes Kobolds.
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MessageSujet: Re: Ephémère Eternité   Ven 11 Déc 2009 - 0:50

Chapitre 1 - Une improbable rencontre
____________ - iii - ____________



Lorsque la vie bascule


Goderick, avait gardé son calme pendant tout le combat. Il n’avait fait que son devoir, avec toute la concentration habituelle du guerrier. Ses yeux perdirent de leur rougeur, et reprirent leur teinte indigo. Puis tournant son regard vers l’otage, des sentiments l’envahirent à nouveau. Elle était là assise contre un arbre, ligotée, pieds et poings liés, son bâillon tombé autour de son cou. Elle le regardait fixement, intensément, comme fascinée par son sauveur. Elle ne semblait absolument pas effrayée par l’Asmodien.

Goderick lui aussi était fasciné par la beauté de l’Elyséenne. Le regard de chacun plongea dans celui l’autre. Aucun mot n’était échangé entre eux. Mais ils comprirent tous les deux que cette rencontre était la rencontre de leur vie. Que leur existence ne pourrait plus être comme avant. Ils sentaient aussi que leur rencontre était plus que la seule découverte de l’autre race qui vit de l’autre côté des Abysses. Leurs cœurs s’emballaient dans cet échange muet. Leurs regards ne se détachaient plus. Se pouvait-il qu’ils trouvent l’amour comme cela, sans s’y attendre et dans une rencontre totalement inattendue ?
Le Templier, le premier sorti de cette hypnose, s’avisa des liens qui retenait la jeune femme. Doucement, comme pour ne pas l’effrayer il s’agenouilla auprès de l’Elyséenne pour couper les cordes qui attachait ses membres. Puis il se releva en lui donnant la main et l’aida à se remettre sur ses jambes. Elle était un peu faible et sous le coup de l’émotion elle s’appuya sur la main de l’Asmodien avant de venir se blottir entre ses bras. Elle avait besoin de réconfort, et elle avait confiance en son sauveur. Un peu surpris Goderick referma délicatement ses bras pour légèrement étreindre la jeune femme.
L’Asmodien voulu alors mettre fin au silence, mais il ne connaissait absolument pas le langage Elyséen. En s’écartant légèrement, il baissa le regard et se lança.

« Moi, Goderick, dit-il simplement en appliquant sa main griffue sur sa poitrine. Goderick, répéta-t-il.
- Ewenlëa, répondit l’Elyséenne dans un sourire radieux.
- E-wen-lë-a », répéta Goderick, un sourire se dessinant sur son visage.

Les présentations étaient faites. Ils avaient réussi à se comprendre. Leur regard toujours l’un sur l’autre, leurs visages arboraient maintenant des sourires complices.
Ewenlëa tendit la main vers le visage de l’Asmodien. Jamais elle n’avait été autant attirée par un homme. Celui-ci l’avait sauvé de souffrances certaines. Celui-ci était sensé être un ennemi. Celui-ci cherchait à la connaître. Cet homme n’était pas comme les autres. Bien sûr elle avait de la reconnaissance envers lui, mais le regard du Templier semblait contenir des réponses, et des promesses pour son existence à elle.

Goderick senti la douceur de cette main Elyséenne sur sa joue. Malgré son calme apparent, cette maîtrise de soi qu’il avait ancrée en lui depuis son plus jeune âge, tout se bousculait dans son esprit. En partie par ses sentiments naissant, et évoluant à la vitesse de la lumière, pour cette femme Elyséenne belle comme le crépuscule Asmodien.
Si sa vie avait eu un sens, il n’en avait jamais été maître. Ses discussions avec Imrhaïl remontaient en lui et prenaient valeur de révélation. Désormais il ne pouvait plus combattre les Elyséens sur leur terre. Ce n’était plus sa guerre. Cette femme, cette Elyséenne, pouvait être le nouveau sens de sa vie, il en percevait la lueur dans son regard.

Tout semblait être bouleversé en eux. Ewenlëa rêvait de s’émanciper, d’échapper à l’influence de son père. Elle souhaitait parcourir le monde, découvrir de nouveaux horizons. Mais elle était humaine et, comme son père le lui répétait, le monde hostile et la guerre qui menace ne permettait pas un tel dessein pour elle. Certainement que ce père protecteur et autoritaire préférait pouvoir veiller sur ses enfants et ses filles en particulier, et n’envisageait aucune possibilité que sa fille prenne son indépendance. Et voilà que l’aventure l’emportait à l’improviste. D’abord le peur de sa vie, suivie de cette rencontre qui prenait l’apparence d’un coup de foudre. L’éclair qu’elle attendait dans sa vie, une fenêtre ouverte vers l’inattendue et l’incertitude.

Sa main était toujours sur la joue de Goderick, celui-ci baissa légèrement le visage pour apprécier cette caresse. Ewenlëa se mit sur la pointe des pieds et vola un baiser au guerrier. Celui-ci fut surpris de tant d’audace et de témérité. Mais cette surprise très agréable l’encouragea à resserrer doucement son étreinte autour de la taille de la jeune femme. Ils s’offraient délicatement l’un à l’autre. Ils étaient dans un instant magique, qu’aucun mage n’aurait pu concevoir, et il sembla durer une éternité de bonheur. Le début d’un amour hors du commun.

Revenant à la réalité, le jeune couple entreprit de rejoindre le village d’Ewenlëa. Arrivée en lisière Goderick ne pouvait poursuivre. Ewenlëa le savait. Elle voulait rester avec lui, il ne voulait pas la quitter. Il avait désormais fait le choix de déserter. La dernière indication que son escouade avait de lui était qu’il était parti vers le nord en repérage de la position des Kralls. Peut-être penseraient-ils qu’il aura été capturé ou tué. Mais son choix impliquait aussi le fait qu’il ne renouerait pas avec sa famille. Que désormais il avait choisit une vie d’exil.

Goderick expliqua à Ewenlëa qu’il resterait là à l’attendre. Celle-ci espérait trouver un moyen, une piste pour partir tenter l’aventure avec cet Asmodien. Elle revint donc dans la maison familiale où personne n’avait eu le temps de remarquer son absence. Elle fit comme si de rien était. Elle ne pouvait en aucun cas parler ouvertement de ce qui s’était passé et surtout de ce qu’elle envisageait de faire.
Son père avait une haine farouche pour les Asmodiens, bien qu’il n’en eût jamais croisé, qu’il avait puisé auprès des grands officiers du Sanctum, lorsqu’il travaillait comme forgeron pour eux. Il s’était abreuvé de leur discours et cela était devenu pour lui une vérité absolue, les Asmodiens étaient le mal. Et toute la famille suivait en général l’influence du patriarche. Bien sûr les membres de la famille ne nourrissaient aucune haine ou rancœur particulière. Ils n’avaient jamais subi directement une agression Asmodienne. Il n'en avait entendu que des récits. Mais les Asmodiens demeuraient pour eux des ennemis.
Pourtant Ewenlëa confiait toujours tout à sa sœur aînée, Gweloïse, et cette fois ne pouvait pas faire exception. C’était trop important, et elle espérait qu’elle puisse l’aider. Elle lui raconta alors ce qu’il lui était arrivé quelques instants auparavant.

« Mais tu es folle Ewenlëa. Un Asmodien. Tu es en plein délire. Tu as du te cogner et rêver tout cela. C’est impossible.

- Regarde mes poignets et mes chevilles. J’ai bien été ligotée. Je t’assure que j’ai bien cru mourir en voyant cet immense Krall, et de ces deux immondes Kobolds qui m’ont bâillonnée. Mais la réalité est là. Un Asmodien a surgi, les a tué et m’a libérée.

- Mais c’est incroyable. Comment des tueurs, des monstres sanguinaires et ne cherchant qu’a nous détruire peuvent-ils agir de la sorte ?

- Ne comprends-tu pas ? Ils doivent être comme nous, et voir nos guerriers comme des monstres qui veulent leur perte. Je ne sais pas si on nous ment, mais la vérité de papa n’est peut-être pas la vérité des faits.

- Si tu ne délires pas, je pense que tu viens de rencontrer un être qui fait exception à tous ce qu’on a pu nous raconter. Mais le pire, c’est que tu dis que vous vous aimez. Vous ne pouvez même pas vous comprendre, vous ne vous connaissez pas et tu crois qu’il t’aime. C’est peut-être un piège ?

- Quel piège ? Tu crois qu’il demanderait une rançon. Ne soit pas absurde c’est la guerre. Mais je t’assure qu’il a un regard sincère, un regard qui ne trompe pas. Je ne sais pas comment t’expliquer, c’est comme si je le savais, comme si nos pensées pouvaient s’échanger. C’est incomparable et indescriptible.

- Et alors que comptes-tu faire ? Vous ne pouvez pas vous voir, il devra repartir dans son monde et toi rester ici. Tu vas le pleurer jusqu’à ce que tu rencontres un bel Elyséen.

- Non Gweloïse. Je veux partir avec lui. Je ne sais pas encore où, ni comment. Mais il est le signe que j’attendais. Je veux découvrir le monde et avec lui tout est possible.

- Mais écoute-toi. Tu racontes des choses insensées. Où veux-tu aller ? Il ne pourra faire aucun pas nulle part, à moins que vous viviez terrés au fond des bois. Je ne vois pas le rêve là.

- Eh bien peut-être qu’il faudra partir chez lui.

- Comm... Comment ça, chez lui ? Tu ne peux pas changer de monde, tu ... tes mots dépassent la raison.

- Je ne sais pas encore, nous devrons aviser. Mais pour l’instant j’ai besoin de ton aide. Tu as déjà fait quelques voyages commerciaux avec papa. Connais-tu quelqu’un qui pourrait nous aider.

- Mais de quoi tu parles. Vous aider à quoi, à fuir sans cesse ?

- Je ne sais pas. Quelqu’un qui saurait où peut vivre un couple comme le nôtre.

- Non mais tu délires vraiment, tu parles de couple.

- Je t’en prie Gweloïse. Si toi tu t'épanouis ici, avec des potions et ton art médicinal, moi j’ai envie de voir le monde. C’est une question vitale, d’autant plus avec lui. S’il te plaît, peux-tu m'aider, nous aider.

- Je... mais il faudra en parler à papa et maman aussi. Je... Ewenlëa, que vas-tu faire ? Je...

- Calme-toi. Non il ne faut pas en parler aux parents, pas tout de suite. As-tu une idée ?

- Eh bien, en fait, il y a dans notre village un vieux Shugo, qui à permis à papa de se faire des relations parmi eux. Je crois qu’à une époque il a fait du commerce un peu illégal entre les deux mondes. Papa dit que c’est de l’histoire ancienne et se persuade qu’il soutient maintenant les Elyséens. Mais c’est bien connu, les Shugos sont neutres.

- Mais c’est génial ça. Je t’adore, tu es la meilleure sœur de tout Atréia.

- Oui, bon... sa maison est au sud un peu à l’écart de centre du village. Il est assez âgé, mais je crois qu’il est sage est plein d’expérience. Il saura te conseiller mieux que moi je pense ».

Ewenlëa embrassa chaleureusement sa sœur et retourna vers la forêt, certaine d’être sur la bonne voie pour elle et pour lui. Elle conduisit Goderick vers le sud, toujours en lisière des bois. Le soir tombait et enfin ils aperçurent une petite maisonnette éclairée. Ewenlëa tenta d’expliquer à Goderick qu’un vieux Shugo vivait là. Il lui fit confiance et elle s’élança vers la maisonnette.
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Elowyn Vanyar
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MessageSujet: Re: Ephémère Eternité   Sam 12 Déc 2009 - 13:51

Chapitre 1 - Une improbable rencontre
____________ - iv - ____________


La sagesse d’un vieux Shugo


Quelques temps plus tard Ewenlëa revint accompagnée d’une créature toute voutée, avec de longs poils blancs qui semblaient luire dans la nuit. Rapidement ils comprirent que le vieux Shugo était bilingue. Ils allaient donc pouvoir échanger avec lui et aussi se parler l’un à l’autre par son intermédiaire, car le Shugo faisait l’effort de traduire à chacun leur propos respectifs.

« Alors jeunes gens, la haine entre les Elyseéns et les Asmodiens seraient-elle en train de s’éteindre ? Qu’est-ce qu’un vieux Shugo comme moi peut faire pour vous aider ? Demanda-t-il l’Asmodien. Je me nomme Aganor.

- Enchanté, je suis Goderick. Non la guerre a toujours la même intensité. Mais je suis en train de comprendre à quel point elle n’avait aucun sens. Bien sûr chaque peuple se doit de défendre sa terre, mais le cycle de vengeance et de rancune qui fonde ces affrontements ne permettra jamais de ramener l’équilibre qu’au fond tous les humains mortels espèrent. Et me voilà désormais Asmodien égaré en Elyséa et contraint de déserter les rangs des miens pour suivre mes convictions.

- Et cette belle Elyséenne désire être votre guide dans ce monde. Il semble que vous soyez liés par quelques sentiments si j’ai bien compris. Le vieux Shugo semblait sourire en évoquant leur relation.

- Eh bien, en fait... Goderick ne trouvait pas ses mots, ce qui amusait d’autant plus le Shugo.

- Votre amour soudain, même s’il vous surprend est un espoir au-delà de ce que vous pouvez imaginer. Nous autres Shugos prospérons du commerce dans et entre vos deux mondes. Mais nombre d’entre nous rêvent de ses histoires vieilles de mille ans où il n’existait qu’un seul monde uni. Un seul monde où tous les Shugos pouvaient communiquer librement. Nous restons indépendants, il est vrai, mais cette guerre n’est pas sans conséquence sur l’évolution de notre peuple.

- Et que nous conseillez-vous, dans votre sagesse et votre expérience, repris Goderick.

- Votre amour est impossible et vous en avez conscience. Si vous voulez vivre ensemble, le temps que cela pourra durer vous serez des exilés, toujours sous la menace d’un péril. Mais il se peut qu’une bonne étoile veille sur vous et que vous trouviez un chemin qui vous préserve.

- Mais nous ne pourrons pas vivre éternellement cachés. Je ne connais pas Elyséa. Puis se retournant vers Ewenlëa, et toi Ewenlëa qu'en penses-tu, lui demanda-t-il, alors qu’Aganor traduisait pour la jeune Elyséenne.

- Je suis prête à te suivre où tu te sentiras le plus en sécurité. Je n’ai pas peur de l’exil, j’y aspire quelque part et je sais que tu sauras me protéger.

- Je sais qu’en Asmodae, dans des régions éloignées de Pandémonium, notre capitale, les gens sont moins suspicieux, la guerre est plus éloignée de leur préoccupation quotidienne et ils n’ont pas trop d’idée sur les Elyséens, ni ce à quoi ils ressemblent, si tant est qu’ils n’ont pas eu le malheur de vivre un de leur raid.

- Partons pour Asmodae alors. Moi ce que je veux c’est être avec toi. Et puis cela devrait assouvir ma soif de découverte.

- Oui, mais saches qu’Asmodae est une terre qui peut paraître hostile, comparée à la lumière radieuse de ton monde. Et puis je ne sais pas pour l'instant comment y retourner.

- Les Shugos du Nuage Noir sauront vous y transporter, mais cela est très risqué et le coût en sera élevé. Aganor semblait bien informé.

- Je crois que j’ai sur moi de quoi largement payer le passage de deux personnes, répondit Goderick. Il s’avança sous un rai de lumière pour que le Shugo le voit mieux. Les yeux d’Aganor étincelèrent, son âme de commerçant était toujours éveillée.

- En effet. Une armure de Daevas de cette qualité permettra de vous offrir les services des Shugos du Nuage Noir. Mais elle risque de vous manquer pour l’avenir.

- Eh bien, il ne nous reste plus qu’à partir en quête des Shugos du Nuage Noir, continua l’Asmodien.

- Mais je ne peux pas partir tout de suite, il faut que d’une manière une d’une autre j’informe ma famille, au moins ma sœur et ma mère, interrompit Ewenlëa.

- Oui, ne précipitez pas votre départ. Vous avez toute la vie devant vous, sourit le Shugo. Je vous propose que ma petite habitation vous serve d’asile Goderick. Et je tâcherai de prendre contact avec le Nuage Noir. Une fois votre passage planifié vous pourrez partir tous les deux, suivre votre chemin, votre aventure.

- Aganor, je ne sais comment vous remercier. Plus qu’un service vous nous offrez une assistance vitale. Mais comment vous payer pour tout ceci ?

- Jeune Asmodien, je suis vieux, je ne fait plus commerce, même si je conserve des relations, que mon œil expert et mon expérience peuvent être utiles, je ne cherche plus aucun profit. Non, à mon âge savoir que l’on peut œuvrer au bonheur des plus jeunes est une immense récompense. Comme je vous l’ai dit, votre amour impossible résonne pour moi comme l’écho d’un espoir oublié, celui de la paix en Atréia. C’est une joie pour moi de pouvoir vous aider.

- Vous aurez ma reconnaissance éternelle Aganor, répondit Goderick.

- Oui jeune Daevas, vous avez l’éternité, et votre souvenir pourra être un gage d’avenir.

- Merci, mille fois merci, Aganor. Je dirais à ma famille à quel point vous êtes quelqu’un de bien », conclut Ewenlëa.

La nuit était complètement tombée, discrètement Goderick accompagna le Shugo dans sa demeure. Leur attente dura quelques semaines. Le Shugo vivait relativement isolé du reste de la communauté Elyséenne, ce qui devait assurer la sécurité de l’Asmodien. Goderick dû rester enfermé, mais la prévenance et la compagnie du vieux Shugo était un plaisir pour lui.
Il profita de ce séjour pour découvrir le langage Elyséen grâce au vieux Shugo. Celui-ci avait surtout une connaissance phonétique des deux langues, Goderick notait ainsi les traductions par les sons. Lors de ses visites régulières, mais pas trop pour ne pas éveiller les soupçons, Ewenlëa tentait de retranscrire les sons en véritables mots de l’écriture Elyséenne.

Goderick et Ewenlëa apprenait à se connaître doucement. Ils auraient aimé avoir plus de temps ensemble et se sentaient frustrés de devoir limiter leurs entrevues. Malgré tout ils parvenaient à se comprendre et s’aimaient chaque jour plus intensément.
Une fois, Ewenlëa vint avec sa sœur pour lui présenter l’Asmodien de sa vie. Celle-ci fut enchantée et ravi pour sa sœur. Elle comprenait enfin la folie amoureuse de sa cadette, elle pouvait l’identifier et y associer un visage. Après cette visite elle ne tenta plus de retenir Ewenlëa, et l'encouragea même à vivre son aventure aussi risquée et périlleuse s’annonçait-elle.

Gweloïse se rapprocha du vieux Shugo, elle qui était attirée par le commerce, notamment des plantes médicinales, potions et autres productions laborantines, trouvait de précieux conseils auprès du sage.

Vint le jour où Goderick et Ewenlëa projetèrent de partir. Aganor avait réglé les détails avec Goderick, pour la transaction avec le Nuage Noir, la façon de se rendre sur les lieux de l’embarquement le plus discrètement possible.
L’heure de la séparation approchait pour Ewenlëa, et après bien des tergiversations elle décida de se confier à sa mère en compagnie de sa sœur. Goderick avait déjà rejoint la lisière de la forêt pour plus de sécurité. Ewenlëa devait le rejoindre dès qu’elle aurait fait ses adieux.

Sa mère était bouleversée, comme elle s’y attendait. Les trois femmes pleuraient, les larmes coulaient à flot car elles savaient que jamais plus elles ne se reverraient. Pourtant la mère était heureuse pour sa fille.
Elle comprenait son choix, elle lui accordait de suivre son instinct. Elle croyait en la force de sa fille et avait confiance en son jugement, en sa capacité d’aimer. Elle y voyait une certaine ironie en contrepoint de la haine tenace du père pour ce peuple ennemi.
Pourtant elle était persuadée, qu’un jour suffisamment éclairée cette haine pourrait disparaître comme la poussière balayée par le vent.

Le cœur gros Ewenlëa quitta sa famille. Mais son destin s’ouvrait à elle. Elle rejoignit Goderick. Enfin ils allaient être ensemble pour toujours.
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MessageSujet: Re: Ephémère Eternité   Lun 14 Déc 2009 - 23:48

Chapitre 1 - Une improbable rencontre
____________ - v - ____________


L’amour dans l’exil


Leur chemin leur appris à prendre des précautions vitales au fur et à mesure qu’ils avançaient en Elyséa. Par moment Ewenlëa devait partir en reconnaissance. Ils parcouraient les chemins de nuit, parfois de jour mais toujours à couverts d’une forêt, d’un bois.

Lorsqu’ils arrivèrent au lieu de rendez-vous, les Shugos avaient tout préparé, comme s’ils avaient suivi à la lettre les recommandations d’Aganor. Tout se passa comme prévu, enfermé dans une caisse le couple traversa les Abysses sans les voir. Une fois débarqué, Goderick remis au chef des Shugos du Nuages Noir son armure de Templier. La convoitise se lisait des les yeux de son interlocuteur. En échange de l’armure, qui était un ensemble de pièce d’une rareté exceptionnelle, et en plus du passage, le Shugos remis quelques effets et du matériel au couple. Ainsi ils pourraient vivre de façon itinérante, jusqu’à trouver un lieu ou s’établir, avec un matériel de qualité. Il y avait un paquet contenant de quoi grimer Ewenlëa afin qu’elle est l’apparence Asmodienne. Aganor avait pensé à tout.


Ils entamèrent leur vie à deux, faite de périples et de la découverte des paysages et des autres. Goderick appris à Ewenlëa qu’il avait parcouru ces contrées en compagnie de son meilleur ami, et cousin éloigné, Imrhaïl. D’ailleurs il parlait souvent d’Imrhaïl et regrettait de ne pas pouvoir retourner le voir. Il devait couper les liens avec sa famille, toute sa famille aussi dure que cela puisse être. Pourtant il savait que son cousin aurait pu partager le secret de son retour.

Ewenlëa avait un langage asmodien rudimentaire, mais se perfectionnait rapidement. Avec Goderick ils parlaient dans les deux langues et se comprenaient parfaitement. Malgré ses postiches et son maquillage pour paraître Asmodienne, elle fut soupçonner plus d’une fois de ressembler à la race Elyséenne. Mais ils s’éloignaient toujours un peu plus des lieux fréquentés par les Daevas et subissant la guerre de manière plus ou moins directe.

Après plusieurs mois de cette vie itinérante ils arrivaient dans des régions moins protégées, où l’environnement était parfois plus hostile. Ils y trouvaient pourtant des villages tentant de vivre ou de survivre dans cette nature à l’état brute. Les autorités de Pandémonium assuraient au minimum la protection de ces villages de peu d’importance. Ceux-ci devaient organiser leur propre défense et parfois engager des mercenaires de passages pour repousser un monstre trop entreprenant.
Ils en profitaient pour s’installer quelques mois dans l’un ou l’autre des villages, et Goderick offrait ses services comme mercenaire. Un an était passé depuis leur rencontre. Ils aiment leur vie, ils s’aimaient comme au premier instant, chaque jour leur offrant de nouvelles découvertes. Pourtant ils commencèrent à envisager de s’installer pour plus que quelques mois, de faire des étapes plus longues d’une ou plusieurs années. Changer le rythme de leur vie, tout en gardant leur liberté si précieuse.


Ils finirent par trouver un village où Goderick fut accueillit en héros lorsqu’il les débarrassa d’une horde de bêtes hideuses et monstrueuses qui hantait leur forêt. Mélange de chacal et d’araignées, comme disaient les habitants. Avec l’aide des villageois les plus téméraires, il avait peu à peu refoulé la meute au coeur de la forêt, d’où elle semblait être générée. Ewenlëa avait même réussi à motiver les femmes pour qu’elles défendent le village et leurs enfants contre les quelques bêtes sauvages et égarées qui finissaient par sortir du bois.
Les villageois se découvrirent des qualités de cohésion et d’organisation qu’ils ne soupçonnaient pas. Ils gardèrent une reconnaissance infaillible envers Goderick et Ewenlëa. Ils acceptèrent d’ailleurs cette dernière telle qu’elle était. La sagesse des villageois voulait qu’on estime quelqu’un par la valeur de ses actes et non pas par son apparence, son origine ou quoi que se fut de superficielle.

Le couple trouva ainsi une place au sein du village, où ils pouvaient vivre sans se cacher dans la vérité de leur amour. Cela intriguait bien des villageois, mais les héros sont au-dessus de certaines considérations. Et puis les enfants les adoraient comme s’ils étaient le parrain et la marraine de tous.

Mais les monstres menaçaient toujours, et même s’ils parvenaient à contenir et à circonscrire ces engeances, elles se reproduisaient toujours. Mais la peur des villageois était trop grande pour affronter la source de ces monstruosités, qui devait être gigantesque. Goderick rassura les hommes qui doutaient de leur courage. Il leur apprit que la peur était naturelle et qu’elle permettait de survivre, d’anticiper un danger trop grand, de se protéger. Et cela était d’autant plus vrai qu’ils étaient mortels.

Le Templier entrepris de débarrasser la forêt du monstre originel et pour cela il leur révéla sa nature de Daveas. Une fois toutes les créatures habituelles exterminées, il s’enfonça plus loin. Et chaque jour il revenait au village avec la dépouille d’un monstre plus grand que la veille. Il décimait quotidiennement les monstres protégeant la source hideuse. Cela dura 8 jours. Le neuvième jour il ne revint pas. Pour la première fois qu’ils vivaient ensemble Ewenlëa craignit pour la vie de son amour. Elle garda en elle tous ses doutes et ses craintes. Personne n’osa douter que le héros fut vaincu.

Le dixième jour on entendit un grondement terrible et lointain venant du coeur de la forêt. Le bruit ressemblait aux rugissements d’un animal enragé d’une taille monstrueuse et qui se rapprochait à vive allure. Droit sur le village. Avant que la panique n’envahisse le village, la frayeur grandissait à mesure que le tonnerre monstrueux approchait.
Puis le silence se fit. Glacial. Un cri, un hurlement terrifiant déchira l’atmosphère. Puis les rugissements reprirent, se rapprochant toujours du village. Tout le monde commença à fuir. On ne savait quelle catastrophe allait s’abattre sur le village mais elle allait survenir c’était certain. Seuls restaient Ewenlëa et trois hommes vaillants du village, dont le chef. Ils étaient tous saisis de peur mais s’étaient mis à l’abri un peu à l’écart. Tous les autres avaient fuit au-delà de la rivière.

Les quatre observateurs eurent une vision d’horreur lorsque s’abattirent une dizaine d’arbres de la lisière ouvrant le passage à une espèce de gigantesque créature avec une tête de chacal, monté sur un long cou, un corps boursouflé et immonde, quatre pattes postérieures, ou plutôt ce qu’il en restait et quatre pattes antérieures pourvues de griffes ou de pinces.
Mais la créature semblait comme devenue folle de douleur, hurlant sa rage par un râle rauque et assourdissant. La bête n’avait plus qu’une patte postérieure valide et se trainait avec ses pattes avant, baignant dans un liquide noirâtre qui s’écoulait de son abdomen. Mais le monstre, par son gigantisme semblait pouvoir agoniser encore longtemps avant de trépasser. Elle paraissait toujours dangereuse et terrifiante.

On vit alors sortir des bois une lumière dorée volant comme un insecte brillant autour de la bête. Le monstre tenta de se saisir de cette aura qui tournoyait autour de lui. En vain, la lumière sortit comme un dard et lui trancha le bout de la patte qui voulait l’attraper. Le monstre gémit de douleur.

La lumière se posa à terre. La bête voulu la balayer et paru y parvenir. L’aura disparue et l’on vit apparaître un humain, semblait-il, recouvert de ce liquide noirâtre, propulsé par le choc de la patte du monstre. Armée d’un bouclier et d’une épée la forme humaine semblait charger la créature. Celle-ci abattit l’une de ses pattes sur son adversaire, mais il déploya ses ailes et s’envola au dessus, une aura rougeoyante l’enveloppa et de son épée de feu il trancha une nouvelle patte. Le monstre émit un nouveau râle de douleur.

L’immense créature ne semblait plus pouvoir se mouvoir. L’insecte était parvenu à l’immobiliser. Mais il en fallait encore beaucoup pour l’achever. Elle pouvait encore se défendre et surtout mordre, ou même engloutir, un adversaire avec sa gigantesque mâchoire. Celle-ci cherchait à croquer cette ridicule forme lumineuse qui l’assassinait petit à petit. Les crocs se refermèrent mais trop court sur l’ennemi, celui-ci bondit sur le museau du monstre qui relevait déjà sa tête, mais la vivacité de la lumière fondit entre ses deux yeux et le dard s’enfonça profondément.
Les hurlements du monstre firent trembler les maisons du village. La créature se frappait la tête sur le sol comme pour tenter de combattre la souffrance par une autre. La lueur rouge volait maintenant au sommet de son crâne et le dard s’enfonça encore.
Et l’enchaînement se reproduisait, tuant l’immonde créature lentement mais sûrement. Ses dernières pattes furent sectionnées. La bête gigantesque était couchée sur le flanc, incapable d’aucun mouvement, attendant de mourir dans ce lac noire et puant qui s’étendait autour d’elle, avec un souffle d’agonie qui répandait cette puanteur et des râles effrayants. Le monstre attendait le coup de grâce.

La forme humaine s’approcha du ventre de la bête, à hauteur de ce qui pouvait être son coeur. Elle s’enveloppa d’une aura verte, son épée flamboya virant d’une lueur rouge à une lumière aveuglante. Protégée par son bouclier la forme s’avança, elle prit son élan dans un pas de course rapide, s’envola en gagnant de la vitesse et fondit sur le ventre du monstre enfonçant le plus profondément sa lame éblouissante dans le corps de la bête. Celle-ci poussa son dernier hurlement de douleur qui fit s’effondrer les premiers murs du village.
La lame se retira du corps monstrueux et des gerbes noires jaillirent de la plaie éclaboussant le bourreau protégé de son bouclier et de son aura. Tout autour de lui semblait brûler sous ce liquide, en particulier le corps de l’immense créature se consumait. Des vapeurs émanaient de cette combustion. Bientôt il ne resta plus qu’un grand espace de terre stérile là où le monstre avait péri.

Les quatre observateurs étaient pétrifiés. Ils savaient qui avait exterminé cette immonde créature, mais l’horreur de la lutte les avait hypnotisés. L’homme planta son épée maculée dans le sol et se débarrassa de son attirail souillé par le sang du monstre. Goderick apparût alors, dans la simplicité d’un être humain. Voyant son amour, Ewenlëa se précipita vers lui, soulagé qu’il fût en vie, sain et sauf.

Rapidement les villageois revinrent chez eux. Le chef qui avait assisté aux exploits du Templier conta les faits et certifia qu’il avait vu là le plus grand guerrier qu’il lui ait été donné de voir. Goderick ajouta en plaisantant qu’avec sa plus belle armure il aurait pu venir à bout du monstre en une seule journée au lieu de deux. Ewenlëa revu alors en pensée ce jour où un chevalier étincelant était venu la délivrer, il avait une allure fabuleuse paré de son armure.
Ainsi Goderick et Ewenlëa, considérés comme des sauveurs, envisagèrent de rester un certain temps dans le village et de s’y installer de façon temporaire, dans un premier temps.

Leur amour nomade trouverait le temps de se poser et de se construire. Mais l’exil serait toujours là sous-jacent à la condition de l’existence de leur amour, union interdite.
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Elowyn Vanyar
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MessageSujet: Re: Ephémère Eternité   Jeu 17 Déc 2009 - 0:18

Chapitre 1 - Une improbable rencontre
____________ - vi - ___________


Fruits d’amour et d’amitié


Leur vie sédentaire les amena à envisager d’autres projets, comme celui de fonder une famille. Ewenlëa passait souvent son temps en compagnie des enfants et n’avait pu réprimer son désir de femme de devenir mère à son tour. Les désirs de sa femme devenant rapidement ses propres motivations Goderick partagea ce désir avec autant d’ardeur.

Pourtant leur amour et leurs tentatives de demeurèrent stériles. Aucun signe d’une quelconque fertilité ou fécondité ne venait concrétiser leur désir. Goderick n’en avait pas la certitude, mais il avait cru comprendre un jour que les Daevas dans leur don de l’immortalité ne pouvaient avoir de descendance. Réalité ou mythe dédié à vouer les combattants divins à leur rôle éternel, il voyait dans les échecs de procréation de son amour une preuve de cette légende et de sa propre impossibilité d’engendrer la vie.

Pourtant son désir de combler sa femme dépassait son désir d’être lui-même père. Il pressentait l’épanouissement d’Ewenlëa dans la grossesse et la maternité. A quoi bon être immortel si l’on ne pouvait même pas transmettre la vie avec l’être aimé fusse-t-il mortel.

Une idée germa dans l’esprit du daeva, et il en fit part à Ewenlëa : trouver un autre homme pour la féconder. Mais son épouse se refusait à une telle chose. Elle voulait être la mère des enfants de celui à qui elle avait consacré sa vie, nul autre ne pourrait être digne du rôle de géniteur.

Au fond Goderick était en accord avec sa femme, mais il culpabilisait de ne pouvoir être, en tout état de cause, le géniteur en question. Puis lui vint une lueur d’espoir. Il y avait en Asmodae un être digne de ce rôle, un être qu’il considérait comme son double, son frère. Il avait coupé les liens avec sa famille pour sa propre sécurité et celle de sa femme. Mais il était une personne de son clan en qui il pouvait avoir confiance comme si c’était lui-même. Imrhaïl Thergill, son cousin.

Goderick entreprit d’écrire une lettre à son cousin, en prenant soin de ne parler que par allusions, sous-entendu, souvenirs ou énigmes qu’ils avaient pu vivre ou concevoir lorsqu’ils étaient jeunes ou étudiants. Imrhaïl saurait reconnaître l’auteur et il lui indiquait comme un chemin de piste à suivre afin qu’il se retrouve. Il ne donna aucune nouvelle directe sur lui-même, mais fît allusion à cette étudiante dont ils avaient tous deux partager l’amour sans que cela remette jamais en cause leur amitié. Ainsi son cousin pourrait anticiper la situation dans laquelle il allait le mettre.

Lorsque Imrhaïl Thergill reçu cette lettre, des larmes coulèrent sur sa joue à sa lecture. Son cœur s’emballait de joie, il se sentait revivre. Il n’y eu aucune hésitation en lui, pas même un doute ou une question. Comme s’il avait attendu et préparé cet instant chaque jour depuis le départ de son cousin, il partit. Simplement. Dans l’heure qui suivit sa lecture de la lettre, avec son sac de voyageur, il quittait Pandémonium en direction d’un lieu où l’attendait une raison de vivre.

Leurs retrouvailles furent chaleureuses et emplies d’une intense émotion comme ils n’en avaient jamais connues entre eux deux. Ewenleä eut la sensation, un moment, de voir le double de son mari. Ils ne se ressemblaient pas physiquement, mais leur âme était semblable, leur complicité allait bien au-delà de l’amitié habituelle.

Pendant plusieurs mois ils vécurent à trois. Ils prirent garde de ménager le statut d’invité d’Imrhaïl auprès des autres habitants, mais dans l’intimité de leur foyer, ayant pris le temps que chacun accepte en son for intérieur l’engagement de ce projet d’enfant à trois, ils partagèrent tout ensemble.
Pour Ewenlëa c’était être aimé par un homme double. Goderick mesurait le sacrifice qu’il demandait à son ami, car ils avaient compris tous les trois qu’Imrhaïl ne vivrait pas avec eux une fois l’enfant arrivé. Ce serait pourtant sa chair et son sang, mais c’était pour eux tous le fruit de l’amour et de l’amitié.

Ewenlëa tomba enceinte et sa grossesse évoluait à merveille. Une certaine mélancolie gagnait Imrhaïl. Les deux hommes passèrent du temps ensemble comme pour rattraper le temps perdu et prendre de l’avance sur la prochaine fois, car ils savaient qu’il se passerait des années avant qu’ils ne se revoient.

Imrhaïl avait tout de même pu faire un aller retour à Pandaemonium, pour justifier son absence par un voyage d’étude. Il avait embrassé une carrière universitaire, il se consacrait aux arcanes de la sorcellerie, et il commençait à maîtriser partiellement l’éther, ce qui pour un mortel n’était pas un mince exploit.
Il revint d’ailleurs avec la recette d’une potion qui prise sur de longues années pouvait permettre de changer l’apparence d’un être tel qu’il était il y a mille ans pour lui donner celle d’un asmodien d’aujourd’hui. Il espérait que cette préparation permettrait à Ewenleä de devenir asmodienne, avec le temps, et ainsi de ne plus attirer l’attention par son apparence. Le secret de cette potion lui avait été confié par sa vielle tante, millénaire, qui bien qu’asmodienne conservait sa foi dans l’unité originelle des daevas. Elle ne lui posa aucune question sur l’usage qu’il comptait faire de cette recette.

Le petit Elrohir vint au monde à l’enchantement de tous les trois. Imrhaïl ne resta que 3 jours laissant ainsi Goderick prendre pleinement son rôle de père. Les nouveaux parents gardèrent toujours une pensée pour le géniteur, mais les échanges et les contacts restèrent occasionnels.

Imhraïl ne revint qu’une fois pour fêter la première année du jeune Elrohir. Il était par ailleurs très occupé par ses travaux et études, une passion qui l’avait persuadé qu’il saurait s’éloigner de la paternité dont il était partie prenante.

A Elrohir il ne fut pas révéler l’identité de son père génétique. Il grandissait avec son père daevas et sa mère mortelle. A l’âge de quatre ans, Imrhaïl revint pour un temps, presqu’une année, à la requête d’Ewenlëa et de Goderick. Ce fut l’occasion pour l’enfant et lui de tisser des liens, comme un oncle et son neveu. D’ailleurs Imrhaïl ne ressentait pas autre chose pour cet enfant, en son cœur il était le fils de Goderick, même s’il avait aidé à sa conception.
Son éloignement de l’enfant, outre sa passion pour les arcanes, avait été motivé par la nécessité de conserver la distance nécessaire pour ne pas s’immiscer dans la relation de l’enfant aux parents, et pour lui de ne pas revenir sur son acte d’amitié. Acte qu’il réitéra, car c’était la raison de la requête de ses amis.

Elrohir se sentait en confiance avec ce cousin paternel. Les souvenirs qui irriguèrent par la suite son inconscient nourrir sa personnalité et sa confiance en lui. Le regard de cet étranger diffusait en lui un sentiment de fierté et d’assurance.
L’enfant vit alors s’arrondir le ventre de sa mère. Il comprit qu’un bébé viendrait bientôt. Cela changea ses rapports à ses parents et à lui-même, il devrait partager l’amour de ses parents. Et pendant les mois de la grossesse, Elrohir se rapprocha encore d’Imrhaïl, comme s’il cherchait auprès de lui l’affection qu’il savait perdre au profit du nouveau né quand il serait arrivé. Jamais aucun signe, envers lui ou ses parents, ne donna l’impression à l’enfant que ce cousin paternel n’était autre que ce qu’il était pour lui.

Lorsque la petite Elowyn naquit, le petit garçon perçut tout de même dans le regard d’Imrhaïl la même intensité émotive que chez ses parents. Il ne comprit pas la nature de ce regard, celui du géniteur, mais en conçut une interprétation qui pour lui conférait à Elowyn un caractère précieux. Il n’éprouva pas la jalousie à laquelle on pouvait s’attendre, mais le sentiment qu’il devrait prendre soin de ce trésor qu’était sa petite sœur, trésor qui éblouissait même l’intérêt d’un autre que ses parents.

D’une certaine manière Elowyn, fruit d’un amour reconduit et d’une amitié indéfectible, fit naître l’amour fraternel dans le cœur d’Elrohir par l’expression du bonheur de ses trois parents.

Imrhaïl ne resta pas plus de trois jours. Et comme pour Elrohir il revint pour fêter la première année d’Elowyn. Les échanges devinrent très rares. Imrhaïl avait accédé dans sa carrière académique à un poste de haute responsabilité, dont était fière sa famille Thergill. Il était désormais accompagné, épié, surveillé, protégé, et sa vie étudiée, et couper les échanges avec les Vanyar était un moyen d’effacer en partie les traces de ses contacts avec Goderick.

Peu de temps après la famille déménagea. Le village était devenu ville et les réseaux commerçants qui se développaient attiraient des gens de toutes sortes, ce qui ne rassurait pas Goderick quant à la sécurité de son épouse et de sa famille.
Les enfants n’eurent plus l’occasion de voir Imrhaïl. Elrohir l’oublia peu à peu, bien qu’une partie de lui conserva précieusement le souvenir de cet ami de sa petite enfance. Elowyn n’eut pas le loisir de connaître son géniteur, fut-il présenté comme le cousin paternel qu’il était.

D’une certaine manière et pour la sécurité de tous Imrhaïl sorti de la vie des Vanyar. Mais les fils du destin sont inextricables. Qui peut dire si les chemins ne peuvent à nouveau se croiser quand bien même l’on croit prendre des routes divergentes.
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MessageSujet: Re: Ephémère Eternité   Sam 19 Déc 2009 - 1:11

Chapitre 2

Les balises du temps
(L’enfance d’Elowyn Vanyar)



Le don du chant


« C’est officiel. Le chef du village vient de me le confirmer. Les autorités de Pandémonium ont décidé d’implanter un poste avancé dans notre village. Les raids Balaurs depuis un an les ont finalement décidés.

- Mais je croyais que la menace était écartée. Ils ont détruits tous les portails connus dans les Abysses. Et puis vous ne les aviez pas attendus pour défendre les villages. Les Balaurs n’étaient pas si nombreux que ça, puisqu’avec une poignée de daevas vous avez toujours réussi à les arrêter. Je ne comprends pas bien cette décision.

- Oui la menace Balaur peut sembler de l’histoire ancienne. Et nous avons pu monter des milices efficaces contre eux. Mais si les Balaurs ont pu ouvrir des vortex, c’est que l’environnement s’y prête et ils craignent donc les raids Elyséens, et l’on ne peut contrôler ces phénomènes nous reliant à Elysea dans ce cas, ce qui est beaucoup plus problématique.

- Nous voilà donc obligés de déménager, de fuir à nouveau après les années passées dans ce village qui a vu grandir Elowyn. Goderick, pourquoi ne pas retourner dans ce village où nous avions vécus jusqu’à la naissance d’Elowyn. La prospérité l’a transformé en riche bourg de province, nous pourrions nous fondre dans la population, d’autant plus que nous connaissons du monde.

- Non, Ewenlëa. J’y repasse à l’occasion et beaucoup de choses ont changé là-bas. Nous avons bien fait de partir. Les villageois que nous connaissions se sont enrichis, et la crainte de perdre leurs bénéfices les a rendus différents. Moins tolérants. D’autant plus que les rapaces de la capitale avaient bien flairé le filon. Et l’appât du gain à changer imperceptiblement l’âme de ces gens, l’arrivée de nouveaux habitants voulant leur part du gâteau a accéléré le changement. Et puis nous étions partis un peu pour ces raisons là.

- Comme quoi, d’avoir débarrassé leur forêt de ce monstre hideux et gigantesque a vraiment tout transformé.

- Rappelle-toi. Quand nous avons découvert que le monstre se nichait dans un gisement de charbon, accolé à des veines de diamant, les villageois ont pris la chose avec sagesse et philosophie. Comme une bénédiction pour eux dont il fallait préserver l’offrande. Mais les Shugos ont fini par leur faire miroiter monts et merveilles, et en négociant les concessions d’exploitation, ils se sont enrichis certes, mais sont devenus orgueilleux. Notre sécurité ne serait plus assurée, certains sont maintenant trop investis en politique et autre quête de pouvoir pour tolérer une Elyséenne parmi eux.

- Mais mon apparence a changé depuis dix ans que je prends cette médecine, recette de ta vieille tante millénaire transmise par ton cousin Imrhaïl à l’époque où il vivait avec nous. Il nous faut donc pourtant partir rapidement. As-tu déjà une idée d’où nous pourrions aller ?

- Oui. D’un côté il nous faut éviter d’aller trop loin dans les régions où les Mau peuvent être une menace difficile à contenir, et pas trop près de la capitale pour éviter les paranoïas anti-Elyséenne. Et puis les Balaurs semblent s’animer dans les Abysses, il faudra tôt ou tard que j’aille combattre. C’est ma mission essentielle dans ce monde.

- Ah... oui cela devait arriver. Mais Elowyn est encore jeune, elle a besoin de toi. Et pour Elrohir tu es un modèle J’espère que la menace Balaur n’en n’est pas encore à ce point. Mais je comprends, c’est quelque chose que j’assume au fond de moi.

- Rassure-toi. Les Balaurs sont encore sous contrôle. Mais certains pressentent une force plus puissante et ravivée d’ici quelques temps. Nous partirons très bientôt pour un village de la région voisine. Les gens y sont un peu rustres, mais en veillant sur Elowyn nous devrions nous intégrer facilement, surtout pour la protection que je pourrai leur apporter et l’assistance aux soins que tu pourras leur procurer. Il y a là bas un prêtre daevas et quelques mercenaires parfois ».

La décision avait été rapide. Habitué à leur vie d’exil et de semi-nomade, cela ne semblait pas les émouvoir particulièrement de devoir changer de vie régulièrement. Ils n’étaient attachés matériellement à rien. Mais, la plus jeune de la famille n’avait pas encore ce genre d’habitude.

Soudain un jeune garçon entra dans la maisonnée.

« Maman, maman ! Je peux prendre mon épée en bois pour jouer au combattant ? Papa, papa ! Tu viendras nous montrer comment on fait pour être un guerrier ? Mes copains ils adorent quand tu donnes des leçons.

- Oui, mon chéri tu peux aller chercher ton épée en bois. Et je pense que ton père aura bien 5 minutes pour vous faire une petite démonstration. Ewenlëa regarda Goderick en souriant.

- Oh Merci ! Le jeune garçon fonça dans sa chambre. Puis revint aussitôt, les mains vides.

- Qu’y a-t-il Elrohir ? Lui demanda sa mère.

- Elowyn pleure. Elle à l’air très triste et elle ne veut pas me dire pourquoi elle pleure. Mais je vous jure je lui ai rien fait. Elle fait peut-être son bébé qui pleurniche.

- Ta sœur n’est plus un bébé. Elle a 6 ans maintenant et à son âge il t’arrivait aussi de pleurer. Et même si tu es un grand garçon de 11 ans il peut encore t’arriver d’avoir des chagrins.

- Mais je n’aime pas quand elle pleure ma sœur. J’ai l’impression qu’on lui fait du mal, et je suis son grand frère il faut que je la protège... comme papa te protège toi maman.

- Tu as raison mon grand. Mais on va s’occuper de ta sœur ne t’inquiète pas. Goderick répondit à la place d’Ewenlëa, celle-ci était tout émue de la réponse de son fils qui se voyait comme le protecteur de sa sœur.

- Va jouer mon grand, murmura Ewenlëa à son fils. Elle retenait ses larmes d’émotion regardant son fils partir comme il était venu ».

Ewenlëa alla doucement vers la chambre des enfants pour aller consoler sa fille et comprendre les raisons de son chagrin.
La petite fille semblait pleurer toutes les larmes de son corps. Ewenlëa s’approcha du lit de sa fille. Allongée elle étreignait une poupée de chiffon, mais ne semblait pas se consoler.
S’asseyant sur le bord du lit la mère passa sa main dans les cheveux de l’enfant et commença à chantonner doucement pour apaiser la tristesse de sa fille.

Percevant la présence de sa mère, Elowyn se précipita dans son giron tout en pleurant.

« J’ veux pas partir ! Maman pourquoi faut partir ? J’ veux pas partir !

- Alors c’est cela qui te chagrine tant. Tu es encore une petite fille, mais tu es assez grande pour comprendre. Des hommes vont venir pour protéger le village contre les monstres qui viennent parfois. Mais ces hommes n’aiment pas les gens qui me ressemblent, les Elyséens. Alors pour éviter un malheur il est préférable que nous partions. Tu comprends ?

- Non, j’ comprends pas ! C’est pô juste ! Tout le monde est méchant alors ? Reniflant et temporisant ses larmes pour écouter sa mère et lui répondre, le petit corps d’Elowyn était encore animé de spasmes

- Tout le monde n’est pas méchant, mais il faut prendre des précautions... car ailleurs quelque part c’est la guerre et il faut faire attention. Tu sais ce qu’est la guerre ma chérie ?

- Oui, c’est quand tout le monde est méchant et qu’il faut toujours partir et quitter ses amis. La guerre c’est nul. Les larmes s’apaisaient et faisait place à une colère sourde.

- Mais papa a trouvé un nouveau village dans lequel nous pourrons habiter. Et puis nous restons tous ensemble, où que nous allions. Peut-être qu’il nous faudra repartir encore plus tard, mais ce n’est pas grave. Les vrais amis on les garde pour toujours dans notre cœur.

Elowyn ne pleurait plus, mais elle boudait toujours serrée contre sa mère. Celle-ci continua de la bercer tout en poursuivant sa chanson. Puis adouci par la mélodie, la petite fille se mit à l’unisson de sa mère pour chanter.
Sa voix pure et cristalline se révéla alors pour la première fois. Alimentée par la tristesse, la colère, la douceur de sa mère et l’espoir de vivre toujours en famille, sa voix prenait une dimension nouvelle au travers du chant.
Sous le charme, sa mère s’arrêta de chanter pour profiter pleinement des harmonies vocales de sa fille. Et celle-ci se galvanisait elle-même par son propre chant, comme si elle trouvait en elle la force d’affronter son chagrin et de canaliser sa colère.

C’est alors que son père entra dans la chambre, lui-même attiré par le timbre de voix d’Elowyn. Il ressentit lui aussi cette petite touche d’émotion qui renforçait ses convictions et son bonheur de vie familiale.
Ayant perçu l’essentiel de la conversation, lorsqu’Elowyn termina son chant il lui proposa d’aller voir avec lui leur futur village.

« Mais comment va-t-on y aller papa, ça doit être très loin ?

- Pas tant que ça, et puis je peux voler. Et si tu m’aide avec tes chansons je pourrais voler plus longtemps et plus loin. Allons-y, veux-tu ?

- Oh oui ! Je veux voler avec toi papa ! Les larmes étaient oubliées et séchées et Elowyn s’empressait pour accompagner son père.

Goderick et sa fille s’éloignèrent du village pour gravir une petite colline la surplombant. Il prit sa fille dans ses bras, lui entourant la taille pour la porter contre lui. Il déploya ses ailes, pris quelques pas d’élan et s’envola.
C’était la première fois qu’Elowyn volait, elle en était muette de plaisir et d’étonnement. En béatitude devant le spectacle qu’offre une vision aérienne, l’émotion l’envahissait.

« Et maintenant chante Elowyn. Chante la gloire de ceux qui ont le privilège de voyager par les airs et de contempler toute la beauté du monde depuis les cieux... tels des dieux. »

Elowyn hésita puis gagnée par l’émotion elle libéra sa voix qui d’une harmonie naturelle emplit l’espace aérien autour d’eux. Son père comme il l’avait prévu ressentit le pouvoir de son chant dans sa capacité à se mouvoir dans les airs. Ceci n’avait pas l’intensité des litanies d’Aède dont il avait pu bénéficier autrefois, mais il sentait une telle fierté à écouter sa fille qu’il aurait pu le croire.

Plus qu’un souvenir mémorable d’une première expérience, Elowyn pris conscience de l’importance du chant dans son esprit et son corps. Ton son être fut marqué de l’empreinte de ce don du chant. Elle ressentit aussi à cette occasion toute l’intensité et la liberté qu’offrait la capacité de voler, et depuis lors elle rêvait qu’un jour elle saurait voler comme son père... plus qu’un rêve d’enfant, elle en eut une conviction profonde presque inconsciente.

Depuis lors, à chaque occasion des fêtes de villages ou des cérémonies de prière ou de dévotion pour Aion, Elowyn exerçait son talent vocal. Elle apprenait à conter des histoires, à exprimer des messages avec cet instrument qui enchantait à chaque fois son auditoire. Associé à cette voix pure, Elowyn et son entourage prirent conscience qu’elle possédait l’oreille absolue, sachant percevoir l’harmonie musicale du monde qui l’entourait. Le chant était son don, il faisait partie d’elle, de sa personnalité.
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Elowyn Vanyar
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MessageSujet: Re: Ephémère Eternité   Dim 20 Déc 2009 - 17:45

Chapitre 2 - Les balises du temps
__________ - ii - __________


Légitime défense


Les Vanyar s’installèrent dans une maison un peu à l’écart de leur nouveau village. Ils furent acceptés simplement. Goderick en tant que daeva avait tous les égards, même si dans son quotidien il ne mettait que rarement en avant ses pouvoirs. Sa femme malgré son apparence différente était acceptée naturellement, par son dévouement, sa discrétion et son soutien aux autres. La notion d’Elyséen leur était à peu de chose près inconnue. Les enfants quant à eux s’adaptèrent à l’école locale et se firent quelques amis.
Elrohir présentait déjà quelques aptitudes naturelles au combat. D’une nature calme et posé il participait aux classes de luttes traditionnelles de la région. Des compétitions étaient organisées et le jeune garçon montait rapidement les catégories. Par ailleurs il ne laissait personne embêter sa petite sœur.
Elowyn par sa fraîcheur, sa gentillesse, sa beauté aux origines lumineuses possédait un charisme de connivence qui attirait les autres à elle. Sa bienveillance irradiait. Mais tout pôle positif générait son pendant négatif.

Alors qu’elle avait 8 ans et que son frère se faisait plus rares auprès d’elle à l’école, elle dut apprendre à gérer le conflit, forme d’interaction humaine dont elle avait été préservé jusque là. Même son frère évitait les situations conflictuelles, pourtant naturelles dans une fratrie, avec elle.

« Qu’y a-t-il Elowyn je te trouve songeuse et un peu refermée sur toi ce soir ? Questionna la mère qui savait lire en sa fille comme dans un livre.

- Je ne sais pas, rien. Tout va bien.

- Elowyn je t’en prie, nous ne nous cachons rien. Que se passe-t-il ?

- Bah, y a un garçon, un grand, depuis quelques jours il ne fait que m’insulter. Je lui ai rien fait, mais il n’arrête pas.

- Dis moi qui c’est et il va arrêter ça tout de suite, intervint Elrohir sur le qui vive.

- Non Elrohir, Elowyn doit apprendre à gérer ses propres conflits toutes seules. La voix calme et posé de son père fit clairement comprendre au jeune homme que cette fois sa sœur devrait agir sans lui.

- Et qu’est-ce que tu lui as répondu à ce vilain garçon ? interrogea sa mère.

- Rien, je l’ai laissé parler, mais il n’arrête pas et il est grand alors il se croit tout permis.

- Bien, avec Elrohir je te montrerais deux trois trucs qui pourraient t’aider Elowyn », la rassura son père.

La jeune fille retrouva son petit sourire naturel. Demain elle aurait moins peur.

Son père lui montra comment garder une position à la fois ferme et détendue, pour marquer son espace sans montrer d’agressivité. Apprendre à garder confiance en elle, tenter de désamorcer l’agressivité et la situation conflictuelle. Parler calmement tout en essayant de clarifier la situation.

Le lendemain la fillette sentait une petite angoisse en elle. Saurait-elle tenir tête à ce garçon ?

« Et toi la petite mocheté là-bas, je croyais t’avoir dit de raser les murs. Ta vue me donne la nausée. » Ainsi interpellée Elowyn se retourna doucement, son pouls s’accélérait, elle fit face au garçon qui approchait avec ses airs de petit chef.

« Ouais, c’est à toi que je cause. Baisse les yeux quand je te regarde.

- Il y a un problème ? Elowyn avait réussi à moduler sa voix pour masquer son angoisse et resta droite et légèrement tendue, mais continua à regarder son interlocuteur.

- Ouais y a un problème, ta présence me dérange.

- Eh bien tu n’as qu’à aller ailleurs. Au fait je me nomme Elowyn, et toi ?

- Je... quoi... tu te moques de moi ? Je suis Lucek et toi tu n’es rien. Dit-il en approchant son visage de celui d’Elowyn. Celle-ci ne bougea pas d’un pouce.

- Ecoutes Lucek, l’école est assez grande pour tout le monde, et moi je ne peux pas m’évaporer pour te faire plaisir. Soyons amis. Elowyn tendit la main au jeune garçon.

- J’en veux pas de ton amitié ! Tu... tu... tu me fais pitié avec ta gentillesse. Tu ne perds rien pour attendre petite. Et ton frère ne sera pas toujours là pour te défendre.

- Tu me menaces alors que je ne t’ai rien fait. Je ne comprends pas, explique-moi.

- Y a rien à comprendre, j’te supporte pas c’est tout. »

Elowyn avait pris peu à peu confiance en elle au cours de ce petit échange, mais le conflit n’était pas désamorcé. Sans comprendre elle pressentait que ce Lucek, qui ne cherchait que la provocation, et peut-être qu’on y réponde pour s’affirmer physiquement. Il lui vouait une animosité qui ne ferait que s’amplifier avec le temps. Comme un être primaire en mal de conflit.

Quelques altercations marquèrent le courant de cette année, mais ne dépassèrent jamais les paroles. L’ombre d’Elrohir devait sans doute retenir le dénommé Lucek dans son agressivité.

Elle demanda pourtant à participer aux entraînements de son frère. Allant sur ces 9 ans et son frère sur 14, elle apprit essentiellement à esquiver, à retourner la force et l’élan d’un adversaire contre lui. Elle jouait de sa vitesse et de son corps fin et élancé, alors que son frère pouvait compter sur sa force brute.
Elrohir avait déjà commencé l’apprentissage de l’épée, du glaive et du bouclier. Son père projetait parfois ses propres références sur son fils. Peut-être y voyait-il une sorte de relève. Il sentait que l’enfant avait certainement le potentiel pour maîtriser l’aether, mais était-il daeva pour autant ?

La confrontation qu’Elowyn redoutait arriva. Elle sentait dans la présence physique de Lucek l’envie d’en découdre avec elle. En fait elle comprenait qu’il se sentait bien plus fort qu’elle et qu’il avait envie d’affirmer sa supériorité, en la frappant si nécessaire. Il faisait bien une tête de plus qu’elle, mais il était loin d’avoir la force de son frère et encore moins l’agilité et la rapidité de son protecteur. Elle avait confiance en les enseignements de son père et les entraînements avec son frère.
Elle cacha à ses proches cette tension qui montait entre elle et Lucek, mais elle montrait un acharnement et une volonté à s’exercer avec son frère que sa mère sut interpréter pour sa propre angoisse. Goderick lui conseilla de faire confiance à Elowyn.

Lucek était en quelque sorte le petit caïd de l’école qui faisait ses coups en douce des adultes, et tentait d’imposer ses façons aux plus petits et aux moins forts. Il sentait de manière diffuse que tout l’opposait à Elowyn et il voulait la dominer, sans pouvoir l’expliquer autrement que par une pulsion primaire.

Cet après-midi là il y avait foule sur le chemin de la sortie de l’école. Lucek voulait bien montrer à tous qu’il était le plus fort. Elowyn marchait avec une amie, tournant le dos au garçon sans le savoir.

« Pousse toi de là morue t’es sur mon chemin ! »

La brute poussa violemment Elowyn dans le dos et la fillette alla s’étaler trois mètres plus loin de tout son long. Prise par surprise elle avait pourtant mesuré la force et la détermination de son adversaire. Elle s’était préparée à l’affrontement. Il aurait ce qu’il voulait. De quatre ans plus âgé qu’elle, cette considération ne retint pas l’attention d’Elowyn. Elle ne dit pas un mot, mais sa volonté de ne pas céder se lisait dans son regard.
Ceci étonna ceux qui les regardaient, la gentille Elowyn semblait se muer en bagarreuse. Lucek fut lui même surpris, mais sa taille lui donnait un avantage dont il était certain. La fillette revint vers lui, le menton relevé à son adresse et se planta deux mètres devant lui, hors de porté d’un coup.

« T’es toujours dans mon chemin, crapaud ! Dégage ! »

Lucek fit un pas comme pour lancer une gifle à la fille, celle-ci recula légèrement pour esquiver et le bras du garçon partit dans le vide ce qui faillit lui faire perdre l’équilibre. Un peu ridicule, il s’enragea contre elle.

« Ah tu vas voir ! »

Il chercha à attraper Elowyn et celle-ci se déplaça autour de lui toujours en lui faisant face et arborant un léger sourire de défi voulant dire Attrape-moi si tu peux. Lucek était au comble de l’énervement.

« Arrête de bouger, petite garce, je vais te corriger ! »

Il se lança sur elle, mais sa haute taille lui fit défaut, elle s’accroupit juste assez pour esquiver les bras du garçon et lui faucha la jambe qui devait être son prochain appui. La brute s’étala lourdement sur le ventre. Elowyn bondit alors sur lui, les genoux sur ses avant bras et assise sur sa tête, immobilisant juste assez Lucek pour lui faire subir l’humiliation devant la foule d’écoliers hilares face à la scène.

Elle avait gagné ce combat, mais l’amertume dans le regard de Lucek quand il repartit penaud lui fit comprendre qu’elle avait désormais un ennemi. Pourtant elle fut tranquille le reste de l’année. Ceci n’empêcha pas Elowyn de poursuivre ses leçons avec son père et ses entraînements avec son frère.
Ce dernier avait eut vent de la bagarre de sa sœur et sous une forme de frère protecteur le lui reprochant il était fier de sa réussite, et en faisait parfois son éloge auprès de son père également fier que sa fille ait su se défendre seule. Ewenlëa, rassurée par cette issue, envisageait déjà les prochaines confrontations et ne put empêcher l’angoisse de venir la tarauder.

La vengeance de Lucek pris son temps, près d’une année, mais son humiliation lui avait au moins appris la patience. Elowyn était seule sur le chemin du retour, elle entendit Lucek dans son dos et réagit aussitôt. Celui-ci n’essaya pas tout de suite de l’attraper, il s’avança doucement vers elle avec un sourire aux lèvres.

« Cette fois tu ne m’échapperas pas petite vermine. »

Elowyn eut juste le temps de comprendre qu’elle se sentit saisie à chaque bras par deux garçons de l’âge de Lucek. Aucune échapatoire. Elle allait essayer de se dégager en donnant des coups de pieds mais Lucek la frappa d’un violent coup de poing dans le ventre.
Elowyn se pencha en deux, la douleur était aussi surprenante qu’atroce, d’autant qu’elle se poursuivit avec une gifle, puis deux. Les coups redoublèrent et Elowyn ne put retenir ses larmes. Et cela fit plaisir à Lucek qui se mit à rire en redonnant des coups.
Les deux acolytes lachèrent la jeune fille qui s’écroula se recroquevillant de douleur, s’abandonnant aux larmes. Lucek s’agenouilla en prenant appui sur le corps de la jeune fille et abaissa son visage jusqu’à celui d’Elowyn.

« T’as compris maintenant raclure ! »

Elowyn ne comprenait pas pourquoi cette violence s’exerçait contre elle. Ses contusions parlaient pour elle, sa mère la soigna si bien que la douleur et les marques ne furent rapidement qu’un mauvais souvenir. Elrohir était hors de lui, il s’était juré de corriger ces trois lâches et pour cela il accompagnait sa sœur, mais justement lâches les trois gaillards évitaient Elowyn en compagnie de son frère.

Alors son père lui proposa de s’essayer à l’usage du bâton. Une arme accessible, et maniable pour son gabarit. Et il se révéla rapidement qu’elle avait une certaine virtuosité dans son maniement. Son père en était même ébloui, et elle en arrivait parfois à donner du mal à son frère dans des passes d’armes à blanc.
Elowyn voyait dans cette arme son salut face à un adversaire en surnombre. Elle venait d’avoir 11 ans, elle voulait s’affirmer et en même temps montrer à sa famille qu’elle saurait se débrouiller seule, tout en les rassurant.

Elle décida alors de ne plus se déplacer sans son petit bâton de combat. Elrohir accepta de ne plus l’escorter et rapidement elle vit les trois sbires rôder autour d’elle, plein de leur assurance et fort de leurs sarcasmes. Elle ne répondait pas, mais du regard elle les défiait. Ils hésitèrent, car pour eux Elrohir n’était pas loin.
Mais l’assurance qu’affichait Elowyn finit par toucher la fierté de Lucek. Un an s’était écoulé depuis qu’il lui avait infligé une raclée et elle semblait l’avoir oubliée.

Elowyn ne cherchait pas la bagarre, mais elle savait que tôt ou tard elle aurait sa revanche. Lucek ne pouvait accepter qu’elle lui tienne tête même à distance. Ils étaient ennemis, sans qu’elle en comprenne les raisons, mais cela impliquait nécessairement d’autres confrontations.

Toujours sur le qui vive elle ne fut pas surprise d’être un jour encerclée par les trois garçons. Calmement elle prit son bâton. Sûr de leur nombre ils avancèrent sur elle. Virtuose dans ses arabesques elle leur frappa les membres tant et si bien que les trois gaillards se retrouvaient par terre à pleurer leur phalanges cassées. Tout se passa si vite, Elowyn fut surprise de sa propre efficacité, quant à ses adversaires ils mordirent la poussière avant de comprendre ce qu’il s’était passé.

Ils réessayèrent bien de la coincer, parfois armés de bâtons eux aussi. Mais désormais Elowyn avait une maîtrise, d’elle-même, du combat au bâton et des bases des arts martiaux qui lui donnait immanquablement le dessus. Ils en firent la douloureuse expérience, et cessèrent leurs tentatives.

Pourtant Elowyn restait intimement convaincu que Lucek chercherait à s’en prendre à elle d’une manière ou d’une autre, tôt ou tard. Mais désormais elle savait se défendre, comme rarement des enfants de son âge en étaient capables, et ça aussi elle en avait conscience, tout comme eux.
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MessageSujet: Re: Ephémère Eternité   Mer 23 Déc 2009 - 0:09

Chapitre 2 - Les balises du temps
__________ - iii - __________


De l’état de l’âme


La flore exhalait ses parfums, les floraisons coloraient la nature, la douceur de l’air caressait les visages. Il s’appelait Milneas et tenait tendrement dans sa main celle d’une jeune fille à la beauté s’accordant à cette nature enchanteresse.

Elowyn évoluait gracieusement comme dans un rêve. La réalité de son amour, tout jeune encore, l’enveloppait d’une bulle de bien-être. Voilà plusieurs mois qu’ils avaient échangé leur premier baiser. Depuis son corps se sentait toujours plus attiré par le besoin de sa présence à lui. Comme un réconfort, un apaisement, un équilibre sentimentale.

Ils avançaient lentement dans les sous-bois, leurs regards ne se quittant que rarement. La tête contre l’épaule de Milneas, Elowyn pensait que le bonheur pouvait être semblable à un tel instant. Être simplement avec celui que l’on aime. Son esprit vagabondait vaguement sur l’image qu’elle avait de ses parents. Leur amour parfait.

Ils s’assirent à l’ombre d’un arbre à la ramure bienveillante. Elowyn arborait un large sourire, invitant Milneas à s’approcher. Délicatement et légèrement tremblant le jeune homme lui déposa un baiser. Elle l’enlaça par le cou afin de poursuivre cette entame.

Le jeune homme semblait hésitant dans ses gestes, ses caresses. Cela ne lui ressemblait pas. Généralement il était plus audacieux lorsqu’ils étaient tous les deux. Elowyn en fut surprise, peut-être envisageait-il plus que leurs embrassades et leur tendres caresses Elle avait 14 ans, et lui deux de plus. Les fantasmes, les désirs et les corps qui changent étaient souvent au cœur de leurs pensées. Mais sur cette question Elowyn était relativement détendue, il fallait suivre son envie, ne pas la restreindre ni la forcer. Elle avait confiance en la nature, en sa nature.

« Tu as la trac ? », demanda Elowyn avec un sourire compréhensif.

Milneas se mit à rougir, à fuir du regard. Il se mit à transpirer à grosses gouttes. L’angoisse commençait à se lire sur son visage, mais aucun son ne sortit de sa bouche.

« Ça ne va pas Milneas ? Tu as l’air souffrant », Elowyn commençait à s’inquiéter de l’état de son ami.

Une larme se mit à couler sur la joue de Milneas. Puis son visage se mit à ruisseler de pleurs, ses mains tremblaient. Il s’écartait doucement d’Elowyn et son regard était porté derrière elle. La jeune fille ne comprenait plus, et alors qu’elle tournait le visage pour suivre l’objet de l’observation de son compagnon elle sentit qu’on la saisissait aux bras, aux jambes et qu’on l’allongeait violement au sol sur le dos.

Elle reconnut deux des trois gaillards qui la maintenait et compris qu’un quatrième nommé Lucek allait apparaître. Milneas était lui prostré à genou à deux pas de là comme en état de choc.

« Merci, Milneas, ton aide aura été précieuse. J’espère que tu n’es pas tombé amoureux de cette trainée, hein ? Tu pleures comme une fillette. » Lucek était calme, il tenait sa vengeance au-delà de tout ce qu’il avait pu envisager.

« Milneas ! Qu’est-ce qu’il veut dire ? » Le monde s’écroulait pour Elowyn. Aurait-elle été abusée par sa naïveté, sa gentillesse, sa pureté ? Est-elle trop candide ? L’amour pouvait-il être feint ? Pour la première fois elle s’était abandonnée librement, totalement, dans une confiance absolue et aveugle, guidée par ce qu’elle croyait être ses sentiments. A cet instant elle doutait de tout et d’abord d’elle même. Le choc psychologique de cette fraction de seconde produisit une rupture, comme une déconnexion de la réalité. Pour l’esprit d’Elowyn le temps semblait être suspendu.

Mais Milneas semblait incapable de parler. Ses yeux semblaient demander pardon. Il venait de réaliser l’immensité de sa trahison. A ses propres yeux il ne valait plus rien, il n’était plus personne.

« Allez, arrête de pleurnicher, tu vas finir par m’agacer. Et puis si t’es sage on te laissera ton tour ! », Lucek parti dans un rire effrayant en tournant ses yeux avides vers Elowyn.

« Je te tiens petite garce ! Je te tiens maintenant ! » Un plaisir vicieux semblait animer le petit chef, âgé de 18 ans il avait la stature d’un homme corpulent.

Réalisant la portée des paroles de Lucek, Milneas eut un sursaut d’orgueil. Non il n’était pas comme eux, il ne subirait pas leur loi. Il tenait à Elowyn plus qu’à tout autre chose. Il se releva d’un coup et s’élança vers Lucek.

« Non pas ça ! » cria Milneas en se jetant sur le côté de la brute et tombant avec lui.

Mais le jeune homme n’était pas de taille à lutter contre Lucek, même avec la force du désespoir qui l’habitait. Le plus fort retourna le plus fin, lui appliqua une main sur la gorge l’autre refermer en un poing qui s’abattit sur le visage de Milneas. Le cogneur n’insista pas. Il se releva et lui donna un bon coup de pied dans les cotes.

« Dégage limace, j’ai pas besoin que tu restes dans mes pattes. Va pourrir ailleurs. » Lança Lucek à l’adresse de Milneas, affalé et rampant à l’écart.

« A nous deux maintenant ! » Cria gaiement Lucek en regardant Elowyn.

Celle-ci fixait son ennemi droit dans les yeux, toujours avec cet air de défi. Elle avait compris elle aussi ce qui l’attendait. Elle cherchait la moindre faille dans les prises des trois autres pour tenter de s’en sortir. Mais ils la tenaient bien.

Elle tenta de les mordre, Lucek lui décocha un coup de poing en travers du visage. Le nez d’Elowyn se mit à saigner et la douleur envahit son crâne. Son agresseur était à genou entre ses jambes écartées et maintenues par les autres.
Elle se contortionna pour défaire les prises. Elle ne paniquait pourtant pas. Elle souffrait en silence. La panique et l’expression de la douleur ne lui serait d’aucune utilité. Elle encaissa un coup poing dans le ventre qui mit fin à ses gesticulations du bassin, puis une gifle comme pour lui rappeler de se calmer et que se débattre ne servirait à rien.

Lucek déboutonna alors son pantalon. D’un geste brutal il arrache le sous-vêtement qui protégeait l’intimité d’Elowyn. Avec la douceur du temps la jeune fille était en jupe courte. La brute s’extasia de façon lubrique sur les atours juvéniles de la jeune fille.

Elowyn fixait toujours son agresseur droit dans les yeux. L’angoisse montait en elle. Incapable de se défendre elle allait subir le pire outrage physique qu’une femme puisse subir. D’autant plus atroce qu’elle n’avait jamais connu le plaisir et la tendresse de la découverte d’une première fois. Elle garderait à jamais l’horreur de ce souvenir dans sa chair.

Plus qu’une douleur physique, c’était la douleur mentale de ne pas pouvoir être maître de son corps, qu’un autre possède et pénètre avec violence pour sa propre jouissance. Elle se mordit les lèvres jusqu’au sang pour ne pas céder à l’effondrement de l’humiliation. Une humiliation personnelle, intime, ineffaçable, la pire de toute.

Elle avait fermé les yeux sous le premier à coup. Elle les rouvrit pour fixer son violeur. Pour le défier au-delà du terrain physique. Lui montrer qu’elle ne cédait pas, qu’elle était la plus forte. Et les va et vient pitoyable entre ses cuisses s’engagèrent avec régularité. Elle se mordit l’intérieur de la bouche pour tenir sa douleur. Elle réprimait ses envies de hurler.

Elle ne possédait plus son corps. Et tout d’un coup elle se sentit hors de lui. Elle ressentait bien les outrages physiques du viol, mais son âme semblait s’élever, observer, agir. Oui agir, comme si son esprit guidait un fluide aérien et invisible à travers les tissus de son corps pour apaiser ses souffrances, réduire ses blessures et supporter l’affrontement.

Son esprit se tourna alors vers son violeur et aussi étrange que cela puisse lui paraître elle plongea dans le sien. Elle sentit le plaisir pervers du mâle qui croit posséder une femelle. Mais elle perçut autre chose, de plus ténue. Un sentiment dans cette âme torturée de brute. Oui un sentiment, mais refoulé et certainement inconscient pour son propriétaire.
Le voile se leva doucement. Lucek avait en fait toujours été sensible à Elowyn, mais sa nature de brute l’avait condamné à devenir son ennemi. Par une voie obscure, violente et perverse il concrétisait ce sentiment qu’il ignorait. Il aimait Elowyn.
Et comme si ce passage dans l’esprit du violeur révéla à celui-ci la nature profonde de son acte il s’arrêta net. Comme si le regard d’Elowyn avait finalement pris le dessus sur son adversaire, ce dernier semblait faire la lumière en lui et un doute immense passa en lui. Une partie de lui réalisait sa propre monstruosité, mais sa nature de brute luttait intérieurement pour garder son emprise.

C’est alors qu’un cri de guerre emplit l’air des bois et résonna telle une vibration de tonnerre. Les quatre agresseurs restèrent figés tétanisés. Milneas n’était plus là, il avait disparu sans qu’ils y prêtent attention. Elowyn reconnut cette voix, mais ne l’avait jamais entendu dans cette expression. Un courroux terrible allait s’abattre sur ses agresseurs. Elrohir venait à son secours.

Un colosse déboucha dans l’encadrement du chemin. A la vue de la scène humiliant, au-delà de toute description, le corps de sa sœur, le guerrier explosa de rage. Une décharge d’énergie comme jaillissant du sol entoura Elrohir les bras et le visage levés vers le ciel. L’homme fut propulsé dans les airs, se recroquevilla sur lui-même, puis toujours dans le même bond se redressa, deux ailes majestueuses, noires aux reflets d’argent se déployèrent dans son dos.

Elrohir était désormais daeva, l’éveil et la révélation s’étaient accomplis. Elowyn fut empli d’une joie qui contrastait totalement avec son état réel. Les trois acolytes prirent leurs jambes à leur cou. Une fraction de seconde plus tard ils étaient inertes, leur trois cols de chemise serrés dans le poing gauche du guerrier divin, comme de vulgaire arbrisseaux. Il revint près de Lucek et les jeta au loin comme du bois mort. Son regard plongea dans celui du violeur. Celui-ci y vu l’horreur de sa propre mort, dans le rougeoiement des yeux féroces du guerrier.

« Pitié ! » ses larmes n’étaient pas feintes, ni son relâchement urinaire et rectal. Il tomba à genoux dans ses propres déjections.

Elrohir l’attrapa par la gorge et serra lentement de sa main gauche. La droite lui broya le ventre en un coup sec. Lucek avait perdu connaissance. Elrohir allait broyer ses os comme fétus de pailles.

« Non Elrohir ! Ne le tue pas. Il saura se repentir, je l’ai lu en lui. » Elowyn était assise légèrement relevé et implorait son frère le plus naturellement du monde.

Etonné le guerrier regarda sa sœur. Il perçut quelque chose de changer en elle. Non pas dû à la souffrance qu’elle venait d’endurer, mais comme une aura de bienveillance, comme si une lumière s’était révélée à sa sœur. Une lumière divine. Il comprit imperceptiblement qu’elle était maintenant sur la même voie que lui, elle avait désormais l’âme pour cela.

Milneas avait trouvé la force d’aller prévenir Elrohir. Mais désormais il n’était plus rien aux yeux d’Elowyn, ni aux siens propres d’ailleurs. La blessure la plus profonde qu’aurait à subir la jeune fille serait finalement sa trahison à lui. Comment la faiblesse et la lâcheté pouvait-elle conduire à de tels actes, alors que des sentiments réels et intenses s’étaient forgés ?

Fort de son nouveau statut, pour lequel son père ne cacha pas son émotion, Elrohir ne tarda pas à accompagner celui-ci dans les dangereuses Abysses, pour apprendre à chasser le Balaur. Et il sentait au fond de lui qu’il était né dans ce but, détruire l’engeance draconique menaçant Atréia.

Les agresseurs d’Elowyn survécurent. Après de long mois de soins et de rétablissements ils retrouvèrent leurs os soudés. Ils furent mit à l’amende par l’ensemble du village. Sans en être banni il devait maintenant servir les villageois tout en demeurant à l’écart de celui-ci.
Elowyn alla soigner personnellement Lucek. Celui-ci avait radicalement changé et il ne comprenait pas que celle-ci lui accorde son pardon.

« Je ne pourrais jamais défaire ce que je t’ai fait Elowyn. J’étais un monstre, et rien ne pourra effacer le mal que j’ai pu te faire. Je suis ton débiteur à vie. Quoique tu m’ordonnes je le ferais, même si tu me demandes de sauter du haut des falaises. » Lucek était sincère. Elowyn avait comme levé le voile qui obscurcissait son esprit.

« Essaie de faire le bien autour de toi cela vaudra toutes les promesses que tu pourrais me faire. Peut-être que c’était mon destin de subir ce que j’ai subi. Comme tu l’as dit on ne peut le défaire, à moi de savoir vivre avec. Mais sache que je te pardonne, car le pardon, lorsqu’il est possible, est ma force. »

Sa bienveillance naturelle, qui irradiait en elle depuis toujours était désormais son guide. Elle sentait que sa prédisposition lui permettait de canaliser ce fluide qu’elle avait découvert pour aider à soigner les corps et les âmes.
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Elowyn Vanyar
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MessageSujet: Re: Ephémère Eternité   Dim 27 Déc 2009 - 21:44

Chapitre 2 - Les balises du temps
________ - iv (a) - ________


La fin de l’enfance : l'annonce


La journée tirait à sa fin. Porté par les courants constants de l’air de la plaine, toutes ailes déployées un homme équipé de son armure de combat planait à grande vitesse en direction d’un village. Le visage fermé, il semblait avoir hâte d’arriver à destination.
Baissant son altitude il survola le village et alla se poser à la sortie nord où se dressaient quelques habitations un peu à l’écart. Il marchait doucement. Il savait exactement où il allait.
S’arrêtant devant la dernière maison il frappa à la porte.

Un jeune homme vint lui ouvrir. Sa stature était imposante, mais son sourire était accueillant.

« Bonjour Brennor, je me doutais bien que c’était vous...toi… mais où est mon père ? » Le jeune homme semblait bien connaître le visiteur.

« Bonsoir Elrohir. Puis-je entrer m’entretenir avec vous trois ? » Le guerrier semblait grave et très sérieux.

« Heu... oui bien sûr, entre. » Elrohir avait perdu son sourire, comprenant que trop bien que s’il ne voyait pas son père, il lui était arrivé certainement quelque chose.

L’homme en armure s’avança dans la maison. Et salua les deux autres occupantes.

« Bonsoir dame Vanyar. Bonsoir Elowyn. Je ne suis pas porteur de bonnes nouvelles. Goderick est semble-t-il tombé pendant un combat dans les Abysses. » Brennor marqua une longue pause après ces quelques mots, ils lui avaient été difficile à dire et sûrement beaucoup plus difficile à entendre pour l’auditoire.

La jeune fille et sa mère étaient muettes de stupéfaction. On leur annonçait qu’un père et un époux aimé autant que l’on pouvait aimer, et au-delà même un héros admiré, avait disparu.
Le plus prompt à réagir fut Elrohir.

« Ce n’est pas possible. J’ai vu mon père se battre et même face à une armée de Balaurs il ne tomberait pas. C’est impossible, c’est le plus grand guerrier des Abysses, il n’a pas son égal, même parmi les Elyséens. Les officiers ont dû se tromper... tu dois te tromper Brennor. » Tout à l’exagération de la gloire de son père, Elrohir sentait les larmes monter en lui, mais il ne pleurerait pas. Il devait être digne de son père.

« Je comprends ta réaction Elrohir. Mais les faits sont là, même si je n’en ai pas été témoin. Ton père n’est pas rentré avec son unité. Et tout ce que j’ai pu comprendre c’est que ton père était considéré comme un... traître.

- QUOI !! UN TRAITRE ?? Le jeune homme ne cachait pas sa colère à ces mots. Je n’ai rien contre toi Brennor, mais tu sais que c’est impossible mon père est un chasseur de Balaurs. Il a toujours affronté l’ennemi le front haut, toujours en première ligne.

- Mais il s’agit d’Elyséen dans ce cas. L’unité de ton père chassait le Balaur, mais il semblerait que cette poursuite les ait amenés à rencontrer des Elyséens qui étaient attaqués par ces même Balaurs. Et ton père leur aurait porté assistance...

- Oui mon père est un héros et son âme est au-delà de cette guerre fratricide. Il combat le seul et unique ennemi de notre monde : les Dragons.

- Je comprends Elrohir. Ton père était un compagnon de route pour moi, même si je n’ai jamais partagé son idéal, car les Elyséens sont une menace... Je... enfin je voulais parler des daevas Elyséen en général, n’y voyez aucune offense dame Vanyar.

- Je n’en prends pas ombrage Brennor, je comprends ton point de vue. Mais j’aimerais savoir où est le corps de mon mari maintenant.

- Eh bien, justement. Considéré comme traître, ils ont laissé sa dépouille dans les Abysses. Et je n’ai appris son histoire qu’une fois revenu en Asmodae.

- Alors partons la chercher tout les deux. Il n’y pas de temps à perdre. Elrohir toujours sous le coup de sa jeune fougue voulait agir pour dépasser sa tristesse.

- Très bien mais le portail le plus proche est à une bonne demi-journée de vol, il nous faudra bien deux jours pour être de retour.

- Nous pouvons prendre plus de temps s’il le faut. Je veux retrouver mon père. Il est peut-être encore en vie. Ou laissé à la merci des Balaurs, seul et blessé face aux Dragons, en territoire hostile.

- Mais, je dois ajouter que suite au constat de trahison, les officiers ont fait remonter l’affaire aux autorités de Pandémonium. Et d’après ce qu’on a pu m’en dire, dans ces cas là les autorités veulent parer à toute subversion et prendre des mesures exemplaires. En l’occurrence je pense qu’ils vont venir ici rapidement. Vous êtes la famille d’un traître et une enquête va être ouverte vous concernant. Et vos origines Elyséennes ne feront rien pour atténuer leur soif de punition. Il faut vous mettre à l’abri.

- Très bien, donnons-nous deux jours pour faire l’aller-retour dans les Abysses. L’administration ne réagit pas aussi vite en général. »

Tout alla très vite. Elrohir et Brennor se préparèrent dans l’heure, juste le temps pour le plus âgés de se faire un breuvage revigorant. La mère et la fille se retrouvèrent seules. Ewenlëa laissait couler les larmes qu’elle avait retenues face à Brennor.

« Oh ma chérie, tout semble s’enchaîner dans un certain malheur. Comme si le destin voulait t’accabler ou te mettre à l’épreuve.

- Ne t’inquiète pas maman. Je ne suis plus une enfant. Certaines révélations profondes se sont faites en moi et j’affronterai la vie quelle qu’en soit l’adversité.

- Oui, tu sembles avoir une destinée semblable à celle de ton frère et de ton père. Et j’en suis à la fois fière, rassurée et inquiète. Si tous les êtres que j’aime sont tous voués à se battre pour protéger notre monde et nos vies, je finirai seule. Mais pour autant tu dois bien ressentir quelque chose.

- Oui, je ressens une profonde tristesse, si mon père a effectivement disparu. Mais en même temps je sens une énergie galvanisante. Comme si mes malheurs fortifiaient mon être. Chaque épreuve semble intensifier une conviction en moi, une conviction que je n’arrive pourtant pas à définir. Une certitude m’anime, celle que j’ai une mission, mais il me faut la découvrir.

- Ton père aurait peut-être su te guider, comme il a enseigné à ton frère. Mais il n’est plus là et moi je n’ai que mon amour à t’apporter.

- Ton amour est essentiel pour moi, maman... il est la source de ma vie et de mon être. Mais non je ne crois pas que papa aurait pu me guider. Je crois qu’il me faut un maître d’une autre nature, plus spirituel que guerrier. Même si tous ce qu’il m’a appris m’est et me sera utile, autre chose appelle mon être intérieur.

- Elowyn... quand je pense que tu n’as que 15 ans, tes paroles semblent dépasser ton apparente juvénilité. Comme si ton âme était riche d’une vie antérieure et qu’elle cherche à retrouver ses connaissances passées.

- En effet tu résumes bien ce qui s’anime en moi, une quête qui dépasse ma compréhension actuelle. »

La nuit tomba complètement sur le village. Au petit matin les deux femmes commencèrent à réfléchir aux préparatifs pour quitter leur demeure. Cette fois il ne s’agissait plus d’un déménagement, mais de repartir pour une vie nomade dont la durée leur était inconnu. Ewenlëa retrouva des repères qu’elle croyait oubliés. Plus de vingt ans avaient passé et elle repartait sur les routes, mais cette fois sans l’homme de sa vie. Les larmes montèrent à nouveau.

Pour Elowyn, bien que nouveau, cela semblait être dans l’ordre des choses et suivre cette intuition qui la guidait imperceptiblement. Après tout elle voulait trouver un maître pour lui enseigner ce pourquoi elle était prédestinée et explorer ses capacités encore naissantes.
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Elowyn Vanyar
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MessageSujet: Re: Ephémère Eternité   Mer 30 Déc 2009 - 0:56

Chapitre 2 - Les balises du temps
________ - iv (b) - _________


La fin de l’enfance : l’exil


La matinée était bien avancée quand on tambourina à la porte.

« Dame Vanyar ! Elowyn ! Ouvrez-vite ! »

Elowyn avait reconnu la voix de son ancien amoureux, Milneas. Elle alla lui ouvrir la porte intriguée par l’urgence de son ton.

« Bonjour Milneas. Qu’y a-t-il ?

- Ils sont rassemblés sur la place. Le chef du village a reçu un message des autorités centrales, vous faites l’objet d’une enquête et il doit vous arrêter. Le mot traitre est sur toutes les bouches. Et certains soupçonnent ta mère de ressembler beaucoup trop à une Elyséenne.

- Et alors, que vont-ils faire ?

- Ils savent que ton frère est parti hier dans la soirée, ils organisent donc une petite milice officielle pour vous assigner à résidence et vous surveiller jusqu’à l’arrivée des représentant de Pandaemonium.

- Maman ! dit Elowyn en se retournant à l’intérieur de la maison. Ils seront là plutôt que prévu.

- Bien, entre Milneas, tu vas nous aider à faire nos bagages. »

Toute trace d’affection et de tristesse avait disparu du visage de la mère. Il fallait être efficace et se préparer à fuir.

Déjà des hommes, sommairement armés, prenaient position à l’écart de la maison en l’encerclant. On entendit un tumulte approcher. Le chef du village, suivi de l’attroupement, vint frapper à la porte.

« Dame Vanyar ! C’est Talguk, le chef du village, dit d’une voix forte un homme autoritaire. La porte s’ouvrit.

- Bonjour Talguk. Ewenlëa avait un visage fermé et défiait du regard son interlocuteur.

- Traîtresse !

- Sale Elyséenne !

- Silence je vous prie ! Tonna le chef du village. Dame Vanyar je suis ici, par ordre du pouvoir central, pour vous assigner à résidence. Votre famille est inculpée de trahison, et vous serez transférées à la capitale dès l’arrivée des représentants de Pandaemonium », énonça-t-il comme une sentence.

Il ne put pourtant soutenir le regard de l’Elyséenne, qui au fil du temps et à l’aide d’un régime stricte de potions, préparées spécialement à son intention par une alchimiste millénaire, ressemblait en apparence à une Asmodienne, malgré des traits encore très lumineux.
Il savait tout ce qu’elle avait fait pour le village et ce que représentaient son mari et son fils. Mais si Pandaemonium avait diligenté une enquête son devoir était d’obéir.

La journée se passa dans la suspicion à l’extérieur de la maison, surveillée étroitement. Pendant ce temps Ewenlëa et Elowyn avec l’aide de Milneas s’activaient pour optimiser le chargement qu’elles projetaient d’emporter dès que l’occasion de fuir se présenterait. Elles espéraient qu’Elrohir serait de retour avant l’arrivée des autorités.

Alors que la journée touchait à sa fin, on entendit des bruits de lutte à l’extérieur venant simultanément des quatre postes de surveillance. Dans le même temps quelqu’un frappa à l’une des fenêtres à l’arrière de la maison. Milneas alla l’entrouvrir et reconnu celui qui avait frappé à la fenêtre.

« Lucek, qu’est-ce que tu veux ?

- Avec la bande nous faisons diversion. Les surveillants sont occupés à se battre. C’est le moment pour Elowyn et sa mère d’essayer de s’enfuir.

- Je vais voir si ...

- C’est bon Milneas, avec ma mère nous sommes prêtes. Mais nous aurons besoin de ton aide et de celle de Lucek... si tu veux nous aider », répondit Elowyn qui était juste derrière Milneas.

Tout était prêt les différents sacs et équipement nomades furent sortis par la fenêtre. Chacun s’harnacha comme il put et quatre ombres se faufilèrent dans la végétation en direction des bois. Après une bonne heure de marche difficile et hasardeuse ils arrivèrent à une grotte.

« Je pense que vous pouvez vous installer là pour le moment. L’endroit est sûr et peu connu.

- Pourquoi fais-tu cela Lucek ? Demanda Elowyn

- Peut-être parce que je veux faire quelque chose de juste avant que tu ne partes.

- Peut-être... mon frère doit revenir d’ici deux jours, il faudrait que vous le préveniez, qu’il sache où nous trouver. Ensuite nous quitterons la région avec lui.

- Très bien, compte sur nous. Milneas, tu viens ?

- Oui, à plus tard Elowyn. »

Les deux femmes furent laissées seules dans la grotte. La journée suivante passa, elles reçurent la visite de Milneas qui les ravitailla en pain et denrées de voyage. Mais aucune information du retour d’Elrohir, ni de la venue des représentants de Pandaemonium.
Le lendemain matin, Milneas revint tout essoufflé.

« Ils sont là. Les envoyés de la capitale sont là. L’un d’eux semble être un daeva, et il est accompagné de trois gros bras. Lucek et sa bande on décidé de les retenir devant votre maison. Mais ton frère n’est toujours pas revenu.

- C’est de la folie, ils vont se faire arrêter pour complicité, ou même se faire blesser. Retourne les voir pour leur dire de ne rien tenter. Si jamais les envoyés viennent vers notre cachette revient nous prévenir.

- Bien, Elowyn. A bientôt »

La jeune femme semblait prendre les choses en main. Sa mère était demeurée silencieuse à chaque fois.

La matinée passa, sans aucune nouvelle. Puis un bruit de petite troupe se fit entendre approchant de la grotte. L’angoisse saisie alors les deux femmes. Elowyn se saisit de son bâton, sa mère se crispa sur l’épée qu’elle avait emportée.

Un visage à contre jour apparut à l’entrée de la grotte, et une voix familière demanda tranquillement : « Y a quelqu’un là-dedans ? »
L’angoisse fit alors place à une indicible joie libératrice et en cœur les deux femmes s’exclamèrent : « Elrohir ! »

Le daeva était de retour. Milneas l’accompagnait, mais aussi Lucek blessé ainsi que deux gars de sa bande. Elowyn et sa mère s’occupèrent naturellement de soigner Lucek.

Ils entreprirent tous ensemble de raconter ce qui c’était passé.
Après que Milneas eut quitté la grotte le matin pour rejoindre Lucek. Ce dernier, avec ces acolytes voulaient vraiment jouer les braves. Mais ils comprirent rapidement qu’ils n’étaient pas de taille.
Le daeva qui dirigeait le groupe envoyé par les autorités isola Lucek ayant compris qu’il était le meneur, pendant que ses trois sbires s’occupaient des autres, dont Milneas qui les avait rejoints. D’une chiquenaude Lucek fut balayé et alla s’étaler dix mètres plus loin. Le daevas voulait en finir au plus vite avec ces importuns et s’apprêtait à faire très mal à ces petits rebelles de pacotilles.
Elrohir et Brennor arrivèrent à ce moment là, et dans la lutte inégale le rapport de force s’inversa. Brennor immobilisa le daeva qui s’apprêtait à frapper Lucek, tandis qu’Elrohir alla mettre à terre les trois autres.

S’ensuivit une discussion, plus qu’une négociation, car Elrohir avait l’avantage et le daeva représentant de l’autorité ne put qu’accepter ses conditions. Elrohir proposa de servir dans une unité mercenaire, celle de son père, afin de lutter contre les Balaurs. C’était pour lui une question d’honneur que de remplacer son père. Il escomptait ainsi laver sa famille des soupçons qui pesaient sur elle et protéger sa sœur et sa mère.
Il devait d’abord mettre celle-ci en sécurité, avant de se rendre à la capitale pour prendre son service. Son compagnon Brennor serait le représentant de cette dette d’honneur qu’il acceptait de contracter et de payer en servant le pouvoir central dans les Abysses.

Puis Elrohir expliqua à Ewenlëa et Elowyn que malgré leur recherche, ils ne trouvèrent aucune trace de Goderick, excepté ce médaillon qu’avait offert Ewenlëa à son mari. Ils craignaient donc que les Balaurs aient récupéré la dépouille en guise de trophée. Car la réputation de « fléau des Balaurs » de Goderick en faisait certainement l’une des cibles prioritaires des Balaurs. Il y avait donc espoir que Goderick fut toujours vivant, mais dans quelles conditions.

Elrohir put récupérer plus d’affaires dans la maison, que n’en avait pu emmener sa mère et sa sœur. Il ramena également une monture qui pouvait alors prendre une bonne partie de la charge des effets de la famille.
Il fallut tout de même rapidement se mettre en route, car ils n’avaient plus confiance ni en les gens du village, ni en les représentants de la capitale. Le trio parti pour une destination inconnue, si ce n’est vers la région des plateaux, un territoire désolé pour ne pas dire désertique. Ils avaient estimé que toute autre direction était risquée relativement à la menace des autorités qui planait sur eux, ou bien qu’il s’agissait de territoires Mau où ils n’étaient naturellement pas les biens venus.
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MessageSujet: Re: Ephémère Eternité   Sam 2 Jan 2010 - 20:44

Chapitre 3


Itinéraire d’une Aède
(Les voyages initiatiques d’Elowyn Vanyar - Asmodae)



Un havre

Voilà trois semaines qu’ils avaient quitté leur demeure. Cela se résumait à trois semaines d’errance, sans savoir vraiment où trouver un nouvel endroit pour vivre en sécurité et à l’écart des zones de contrôle du pouvoir central. Chaque village traversé leur rappelait la suspicion du point de départ de leur périple.
Ce territoire était désolé, peut-être trop, parfois on pouvait croire être dans un désert rocailleux à la végétation rase avec quelques rares bosquets. Une région de plateaux d’altitudes peu accueillante. Mais les trois voyageurs n’étaient pas non plus des petites natures.

Alors qu’ils avaient installé un camp sommaire autour d’un petit feu, une présence se fit percevoir. Elrohir le premier se raidit et se mit aux aguets. Sa sœur suivie son exemple, mais elle ne ressentait pas que cette présence fut hostile.
Un être encapuchonné et à l’allure vouté fit son apparition.

« N’ayez crainte noble Gladiateur, un vieil homme comme moi n’est pas une menace pour vous.

- Ne jamais se fier aux apparences. Une règle de base pour tout combattant. Qui êtes-vous ? Demanda Elrohir.

- On m’appelle maître YU, je suis parfois ermite et à jamais homme de foi. Et vous semblez être loin de chez vous accompagnés de ces deux femmes. Êtes-vous en fuite ?

- Vous me semblez bien trop perspicace vieil homme. Est-ce le hasard qui vous a mené à croiser notre chemin ?

- Oui et non », répondit l’homme qui dévoila son visage baissant sa capuche.

Ewenlea eut un sursaut de recul en découvrant le visage partiellement défiguré de l’homme éclairé par le feu. Ses traits pouvaient sembler très âgés, ce que confirmait sa chevelure blanche, mais on percevait comme des stigmates de brûlures par endroit.
Elowyn elle fut captivée par le regard intense de l’homme qui s’était plongé immédiatement dans le sien. Elle avait la sensation que celui-ci lisait dans son âme. Il détacha son regard qui se porta sur sa mère, mais d’une manière plus habituelle.

« Enchanté, mesdames. A qui ai-je l’honneur ?

- Je suis Ewenlëa Vanyar et voici mon fils Elrohir et ma fille Elowyn, répondit simplement la femme la plus âgée.

- Vous dites être ermite. Avez-vous connaissance d’un lieu qui pourrait servir de havre pour ma mère et ma sœur ?

- Si je suis ici, jeune guerrier, c’est justement dans ce but. J’ai ouï dire qu’un daeva avait été accusé de trahison et que sa famille était menacée de représailles.

- Ce ne sont que calomnies, ignorances et incompréhensions. Mon père est un tueur de Balaurs et pour lui les Elyséens ne sont pas des ennemis. Il nous a enseigné qu’autrefois nous ne formions qu’un peuple luttant sans relâche contre ces créatures, et que même après mille ans ce fait n’avait pas changé au fond de chaque âme de Daeva. Seul notre orgueil nous empêche de voir cette vérité aujourd’hui rejetée au profit d’une guerre fratricide.

- Votre père est quelqu’un de sage et de courageux pour oser agir en respectant ses convictions. Je suppose que les origines de votre mère, Ewenlëa, ne sont pas étrangères à cette vision des choses. Et c’est ce qui m’a amené à vous chercher.

- De quoi parler vous, au sujet des origines de ma mère ?

- Elle est Elyséenne. Malgré la magie des potions qu’elle prend, un être aux sens aiguisés percevra son aura Elyséenne.

- Que... comment pouvez-vous dire cela ? Elrohir demeurait interdit, il ne percevait pas du tout la nature de l’homme qui se tenait nonchalamment devant eux.

- Cela n’a pas d’importance. Si je suis ici c’est pour vous proposer l’asile dans le monastère qui est en quelque sorte ma demeure quand je ne suis pas sur les routes en quête d’ermitage. Je partage le point de vue de votre père, et le monastère en question sert de havre à toutes sortes de voyageurs plus ou moins égarés ou blessés.

- Oui ! Elowyn ne put s’empêcher d’exprimer son désir de suivre cet homme qui la captivait. Jeune femme en quête d’un guide, elle se projetait complètement dans cette vision en observant maître YU. Ce titre de maître devait d’ailleurs bien recouvrir une certaine réalité.

- Eh bien cela est si soudain. Comment pouvons-nous vous faire confiance ? Interrogea Elrohir.

- J’ai confiance en lui, dit Ewenlëa en s’adressant à son fils. A combien de jours de marche est votre monastère ?

- Deux jours vers le nord. Il nous faudra gagner les plateaux de moyenne altitude. Indiqua maître YU

- Bien, la providence semble vous avoir guidé jusqu’à nous. Mais je continuerai à demander des preuves de votre bonne foi.

- Il n’y pas de souci. Je comprends votre suspicion, et vous vous ferez votre avis par vous même et vous en serez d’autant plus rassuré », conclut le vieil homme avec un sourire paisible.

Son regard se porta de nouveau vers Elowyn. Elle eut la sensation qu’il effleurait son esprit avec le sien. Cette sensation était nouvelle pour elle, mais elle ne le ressentit pas comme une intrusion plutôt comme une légère caresse, et surtout comme si elle connaissait déjà cette âme qui s’approchait de la sienne.
Puis dans un sourire il détourna son regard et sa concentration. Il s’installa pour la nuit un peu à l’écart pour ne pas perturber l’agencement du campement de fortune. Chacun s’endormit en voyant dans cet homme la providence, tout en s’étonnant des raisons de sa présence auprès d’eux, comme s’il les attendait en fin de compte.

Au petit matin le vieil homme n’était plus là, en tous cas plus à l’endroit où il s’était endormi. Après un petit déjeuner frugale et le rangement de leurs affaires ils virent revenir l’ermite, dans sa posture voûtée mais au pas assuré.

Ils se mirent en marche. Il n’y avait pas de route, ni de chemins praticables, le parcours était très rocailleux et difficile. Pourtant le vieil homme savait trouver son rythme et mettre ses pieds comme s’il connaissait chaque centimètre de cette terre désolée, il progressait plus facilement qu’eux. Elowyn entreprit de suivre exactement les pas de leur guide, bientôt imitée par son frère et sa mère.

Une harmonie se créa dans le déplacement du petit groupe, comme le rythme lent d’une danse sur le désert. Leur démarche pouvait sembler chaotique, mais elle se révélait économe et performante dans le contexte de leur avancée.
En même temps que cette cadence synchronisée leurs esprits se concentrait sur leur marche, se mettre dans les pas du prédécesseur. Cette commune pensée semblait leur permettre de partager une énergie, allégeant leur effort tout en conservant leur allure.
Imperceptiblement Elowyn et Elrohir perçurent que leur guide fredonnait une mélopée qui semblait les envelopper de bienfaits. Au loin des créatures à l’apparence peu recommandable les observaient sans chercher à se montrer hostiles. Elles avaient un air dubitatif.

Elowyn se sentait en accord avec l’esprit de leur guide, comme si une pensée émanant de lui tissait un fil jusqu’à elle, émettant un « Suis-moi » rassurant. Elle comprenait peu à peu que cet homme n’était pas qu’un guide rencontré sur la route.
Il était venu la chercher elle. Il la connaissait, il l’attendait. Il représentait les prémisses de sa quête spirituelle. Il se présentait comme un homme de foi et il émanait de lui une sagesse infini, comme accumulée au cours des siècles, des millénaires peut-être. Quel âge pouvait-il avoir ?

Les deux jours passèrent avec une aisance surprenante quand ils virent au loin juché sur un promontoire rocheux dominant l’étendue plane et désertique du plateau, le monastère de maître YU. Lorsqu’elle en franchit le seuil Elowyn ressentit l’endroit comme accueillant, comme si elle était chez elle. Elle croisa le regard de sa mère. C’était le havre de paix qu’elle cherchait. Ewenlëa ne doutait pas et semblait trouver naturellement ses repères dans cette bâtisse.

Le monastère était un bâtiment solide, mais sans aucune prétention architecturale ou militaire. Il représentait une oasis en plein désert. Lieu de passage et d’accueil pour les blessés, les personnes fuyant le monde, les âmes perdues. Tous les habitants de courtes ou longues durées se ressourçaient au sein des murs de ce havre. Et la personnalité de maître YU n’y semblait pas étrangère. Tous semblaient le vénérer, comme un divin protecteur aux allures de vieillard fragile.

Ewenlëa trouva rapidement sa place aidant aux soins de tout un chacun. Il n’y avait en fait aucun moine dans ce monastère, mais des femmes et des hommes qui s’étaient attachés au lieu et avaient décidé de vouer leur existence à la vie de ce sanctuaire en plein désert. Le monastère tenait lieu également d’orphelinat. Il n’était pas rare dans ces terres à la limite de la civilisation de retrouver des familles perdues, les parents ayant protégé de leur vie celles de leurs enfants contre la faune ou des habitants hostiles.

Elowyn s’entretint dès son arrivée avec maître YU. Trop de choses la questionnaient à son sujet. Il admit qu’il était venu à sa rencontre, et qu’il la cherchait bien avant qu’elle, sa mère et son frère soient contraint à l’exil. Elle voulu en savoir plus, mais il répondit laconiquement que les réponses viendraient en leur temps. Il lui laissa entendre que le destin, forgé dans le temps et l’espace, avait ses propres balises qu’Atréia protégeait. Les voies et les chemins qui y menaient étaient quand à eux inconnus tant qu’ils n’avaient pas été empruntés.

Rapidement Elrohir comprit lui aussi que sa mère et sa sœur avaient trouvé un foyer. Ewenlëa avait un havre où son équilibre et ses compétences naturelles trouvaient à s’exprimer et s’épanouir. Cela lui apportait le contrepoids nécessaire pour assumer son chagrin et sécher ses larmes. Les blessés, parfois daevas renégats revenant des Abysses, qu’elles soignaient auraient pu être son mari.
Elowyn avait, elle, trouvé un maître spirituel, ce qui comblait son aspiration. Cet homme ne pouvait remplacer le rôle de leur père, mais Elrohir savait qu’avec lui Elowyn ne pouvait pas trouver meilleur guide pour suivre la voie qui la mènerait elle aussi à l’éveil de l’immortalité des daevas.
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MessageSujet: Re: Ephémère Eternité   Mar 5 Jan 2010 - 0:40

Chapitre 3 - Itinéraire d'une Aède
__________ - ii - __________


Un maître

L’enseignement spirituel était d’une rigueur qui avait quelque peu étonné Elowyn au tout début. Elle s’était imaginée passer beaucoup de temps à étudier, à chercher questions et réponses sur la nature de soi ou celle d’Atréia, sur Aion, le destin, la conscience et l’existence des âmes.

Elle pensait que la méditation l’amènerait à une sorte d’éveil, d’extase mentale, mais là aussi elle avait trouvé l’exigence de l’endurance. Elle n’avait pas compris où voulait la mener son guide, mais elle lui faisait une confiance totale, au delà de tout raisonnement de bon sens elle savait qu’elle pouvait suivre corps et âmes les indications de maître YU.

D’ailleurs celui-ci n’exigeait jamais rien d’elle, il lui demandait d’une manière calme et posé, mais avec une détermination au fond de sa voix et de son regard. Comme si chaque geste, chaque acte recouvrait une importance profonde, une quête d’équilibre permanente.

Les journées commençaient tôt. Elowyn dormait dans une simple cellule où au lever elle faisait ses ablutions. Elle rejoignait maître YU au petit temple pour une méditation matinale. Souvent elle sentait la douceur de l’esprit de son guide envahir l’espace et venir caresser le sien comme pour l’aider à s’élever. S’en suivait une petite séance de postures inspirées du règne animal à vocation martiale.

Les matinées étaient généralement dédiées aux corvées. Mais tout le monde partageaient ces moments nécessaires avec une telle convivialité et cordialité que ces tâches n’avaient de corvée que le nom. La jeune fille consacrait aussi une part de son temps avant le déjeuner à l’orphelinat où elle était devenue la grande sœur de tous les enfants recueillis.

Par contre les longs après-midi étaient consacrés aux exercices. Elle les exécutait toujours sans rechigner, même si certains mettaient son corps et son esprit à rudes épreuves et que souvent dans les premiers temps elle cédait par manque d’endurance mentale ou physique.
Avec le temps elle comprit que ces exercices lui permettaient de mieux se connaître elle-même par la maîtrise de sa concentration en toutes situations. Les principes de méditation, savoir faire le vide dans son esprit lui permit de mieux appréhender ses capacités mentales.

Ainsi, elle apprit à courir dans le désert rocailleux qui entourait le monastère, finissant par savoir tenir un rythme régulier son esprit filtrant le fluide environnant pour soutenir son effort physique. Maître YU lui avait appris que ce fluide se nommait Ether et qu’il était en faible quantité dans cet environnement, ce qui l’obligeait à économiser son utilisation. Elle apprit à équilibrer ses capacités naturelles et l’usage de l’Ether.

Des séances l’amenèrent à rester pendue par les pieds la tête en bas dans une grotte. Elle fini même par échanger des pensées avec les chauves-souris de l’endroit. Les longues et régulières méditations dans les rochers ou les grottes lui permirent de saisir l’écho d’Atréïa. Les rochers véhiculaient comme des informations ancestrales sur la nature du monde, l’influence et la mesure du temps, le passage des siècles.
Les rivières pouvaient aussi être des lieux propices, savoir tenir sa position en harmonisant son corps et ses pensée au cours d’une rivière, tel un rocher bienveillant. Lorsqu’elle su voyager suffisamment loin sans altérer ses capacités d’endurance elle fit connaissance avec une petite forêt en bordure de rivière aux confins du désert. Elle ressentit la puissance des arbres, leur vivacité et leur jeunesse comparée à celle des rochers. La faune et la flore y était plus riche et abondante et il lui fallut du temps pour que son esprit sache distinguer toutes les subtilités d’un tel habitat. Et elle savait qu’elle était encore loin de savoir tout ce que pouvait apprendre une forêt, et celle-ci était de taille réduite.

Tout ce temps éveilla son âme à celles diverses et variées présentes dans la nature. Imperceptiblement elle avait fortifié son esprit, sa capacité à concentrer celui-ci sur un élément précis, une pensée, un acte, un enchaînement d’action. Elle pouvait ressentir les émotions ou pensées des esprits simples de la faune et de la flore du milieu où elle évoluait.

Mais l’enrichissement humain était là aussi. Avec l’orphelinat et les enfants, avec les voyageurs et leurs récits, avec les guerriers de passage et leurs faits d’armes. Elle secondait toujours maître YU dans ses périples en lisière du désert et appris à juger les gens, à effleurer leurs âmes pour sentir leur bonnes ou mauvaises intentions. Certains étaient impassibles et impénétrables. Des esprits forts ou des daevas lui expliqua maître YU.

A l’occasion de ses petites expéditions il leur arrivait parfois de faire de mauvaises rencontres. Et c’était l’occasion pour Elowyn d’exercer ses talents dans l’auto-défense avec son bâton. Elle avait même apprit à s’en confectionner un avec les outils du monastère. Elle finit par comprendre que les chemins suivis par maître YU sur lesquels ils croisaient ces malandrins ne devaient rien au hasard. Chez son guide une intention était toujours sous-jacente.
Ces affrontements étaient donc dédiés à son entraînement pratique au combat, et maître YU n’intervenait que rarement, seulement lorsque le surnombre était patent. Et dans de rares moments Elowyn percevait chez son maître malgré son apparence très âgées et sa posture voutée, appuyé sur son long bâton, une dextérité incroyable et des réflexes surhumains. Quel que soit le nombre d’assaillant aucun ne parvenait à effleurer maître YU.

Elowyn avait aussi un temps pour s’instruire par les livres et les manuscrits de la petite bibliothèque du monastère. Son intérêt revenait souvent au Balaur et aux histoires d’avant la destruction de la Tour d’Eternité quand les daevas, unis sur une seule terre, combattaient le fléau draconique.
Elle s’entretenait autant qu’elle pouvait avec son maître sur les sujets qui lui tenait à cœur. Il parlait peu de lui, mais sa façon de relater la guerre contre les Balaurs semblait clairement indiquer qu’il en avait été acteur.
Il faisait même parfois allusion aux temps encore plus reculé où les Balaurs traquaient les humains avant que n’interviennent les Seigneurs Empyréens et que ne soient révélés, au sein des humains, les daevas.

Elle ne percevait toujours pas pourquoi ce vieil homme lui paraissait si proche, si familier. Même après deux années en sa compagnie elle sentait qu’il y avait plus entre eux et que cela venait de plus loin dans le temps et l’espace. Elle n’osa pas le questionner, elle savait de toute manière que la réponse aurait été que justement la réponse viendrait en son temps.

Elle se sentait en harmonie dans ce monastère comme disciple du maître YU, auprès de sa mère et en compagnie de tous ces enfants et des autres habitants simples et dévoués de cette communauté du désert. Son frère venait parfois les visiter et leur donnait des nouvelles du grand monde, la capitale Pandaemonium ou encore une esquisse des Abysses. Tout semblait en équilibre ici. Elle pensait maîtriser ses capacités et trouver sa place au sein du monastère. D’ailleurs en tant qu’unique disciple de maître YU elle sentait une certaine vénération de la part des autres habitants. Ce qui parfois la mettait mal à l’aise.
Elle avait su vider son être de son ego, elle ne connaissait plus l’orgueil, ou quasiment plus. Elle ne souhaitait plus qu’aider les autres, comprendre le monde, s’épanouir dans l’équilibre et l’harmonie de toute chose. Mais elle comprenait aussi qu’elle était dans un sanctuaire, qui par nature protégeait ses équilibres et ses harmonies. Maître YU était le cœur de cette plénitude, et il lui faisait sentir qu’elle devait aspirer à cela elle aussi. Non par orgueil ou ambition mais comme moyen de dispenser sa bonté, et les bienfaits qu’elle recélait. Ses capacités, ses dons étaient de nature divine et lui conféreraient des devoirs en retour.

Un matin maître YU vint la voir pour lui expliquer qu’ils devaient partir tous les deux sur le champ. Des Maus avaient pénétré loin dans le désert et leur intention semblait clairement être d’activer un portail avec les Abysses permettant à leurs seigneurs et maîtres Balaur de fouler Asmodae. Ce mouvement clandestin semblait être inconnu des autorités. Mais ici l’autorité c’était lui. Il était de leur devoir d’arrêter ces Maus.
S’il était resté calme durant leur parcours au pas de course dans le désert jusqu’au repère Mau, elle vit le regard de maître YU s’enflammer et une détermination farouche qu’elle ne lui connaissait pas. Il venait pour détruire le portail, mais aussi les Maus serviteurs des Balaurs.

Le portail avait déjà été mis en marche ce n’était plus qu’une question de minutes avant qu’il ne soit synchronisé avec son pendant Abyssal et permette à des Balaurs de poser leurs griffes sur Asmodae.
Dans un silence et une efficacité d’action digne d’un éclaireur maître YU élimina, à l’aide d’une dague, les sentinelles autour du camp, petite forteresse naturelle au cœur des rochers. Cinq de moins. Le vieil homme voûté s’aidant d’un bâton pour se mouvoir n’était plus là. Il avait laissé place à un combattant aguerri, redoutable, impitoyable.
Il fallait maintenant passer l’entrée et ses gardes qui donneraient sûrement l’alerte. Seuls les mages occupés à maintenir l’activation du portail ne seraient pas de la partie. Pour l’instant.

Elowyn devait se concentrer sur ses chants et drainer l’Ether environnant au compte goutte. Son maître se chargeait de mener l’assaut. Celui-ci fut fulgurant, les gardes pourtant en surnombre furent débordés par la vivacité du vieil homme. Pourtant ils eurent le temps de donner l’alerte, mais les arrivants avaient juste le temps de prendre la mesure de leurs adversaires qu’ils partaient pour l’autre monde.
Et la fureur de maître YU ne s’apaisait pas. Son objectif était le portail. Il restait cinq mages concentrés sur leur action magique. Le vieux daeva ne prit pas la peine de les avertir de sa présence. Le premier tomba. Deux se retournèrent pour lui faire face, pendant que les deux autres terminaient l’incantation.
Le portail était maintenant actif, restait deux Maus vivants qui seraient bientôt rejoints par des Balaurs. Il fallait détruire le portail. Maître YU eut le temps d’abattre l’un des deux derniers mages, il confia le soin d’en finir avec le dernier qui avait pris la fuite pendant que lui détruirait le portail.
Alors qu’elle pourchassait le dernier Mau, Elowyn entendit son maître psalmodier une litanie d’une voix forte et tonnante. Le mage mau, vidé de son énergie pour l’activation du portail ne put se défendre face à la jeune femme, le combat fut court. Un grand fracas se fit entendre le portail était tombé. La mission était accomplie.

En revenant vers maître YU, Elowyn stoppa net. Trois formes d’une taille impressionnante avait pris place devant les ruines du portail, là où se tenaient les Maus quelques instants auparavant. Des Balaurs. Trois avaient pu franchir le portail avant sa destruction. Ces incarnations du mal portaient l’image de la terreur sur leur apparence. L’ennemi le vrai, elle le voyait en face. Mais elle ne voyait pas son maître. L’ennemi était autrement plus menaçant et d’apparence plus puissante que les Maus.

Une voix tonna alors à l’adresse des intrus. La voix de son maître. Un torrent d’énergie se déversa sur les créatures. L’homme bondit alors sur ses trois adversaires, son bâton irradiait d’une lumière bleue et tournoyait autour de lui dans des arabesques qui portaient des coups puissants aux Balaurs. Les dragons étaient plus résistants et malgré l’assaut tentèrent de se saisir de l’homme. Celui-ci fit un bond arrière sortant du cercle formé par ses adversaires.

Le vieil homme déchainait sa rage, ses long cheveux blancs voletaient ajoutant à l’aura lumineuse de son bâton, alors que ses yeux rougeoyants semblaient chercher à s’abreuver du sang des Balaurs. Une nouvelle vague d’énergie se déversa sur les créatures. Elowyn entama ses litanies pour drainer l’Ether vers son maître.
L’un des dragons se tourna alors vers elle. Un frisson la parcourue. Ces créatures ne semblaient pas avoir d’âme et être conçues uniquement pour tuer et détruire. Elowyn, mêlant sa peur et la rage d’imaginer son père pris comme trophée par les Balaurs, déclencha une colonne lumineuse qui perturba son adversaire. Elle chargea le Balaur de son bâton avec toute la fougue qu’elle pouvait expulser, elle fut arrêtée et projeter sur les rochers.
Pendant ce temps son maître venait à bout du premier Balaur. Un hurlement terrible de la créature signifiant sa mort. Elowyn sentait elle l’immense Balaur s’approcher d’elle. Elle bondit de côté évitant que s’abatte sur elle sa patte destructrice. Elle frappait le monstre avec toute la vigueur disponible mais celui-ci tenait sur ses appuis.
Le deuxième Balaur périt sous les coups de son maître. Elowyn ne pouvait que se défendre et attirer l’Ether sur elle pour soulager ses blessures. Elle ne pouvait pas vaincre le dragon. Son adversaire détourna son attention pou la porter sur maître YU déjà à sa hauteur. Celui-ci déchira l’air de son bâton qui finit sa course en déchirant l’écaille et la chair du dragon. Accusant le coup le Balaur fléchit. Elowyn lança à son tour ses assauts. Son bâton moulinait littéralement pour flageller la gueule du dragon. Celui-ci gisait agonisant. Elowyn l’acheva en plantant son bâton avec une force qu’elle ne se connaissait pas en travers de sa gorge, étouffant son hurlement de mort dans cette bouilli de chair et de sang.

Sur le chemin du retour maître YU redevint le viel homme vouté et paisible prenant appui sur son bâton. Elle avait vu en lui des siècles de haine se déverser contre ses trois Balaurs. Il lui expliqua laconiquement que les Balaurs avait tué sa famille et tous ceux qui lui étaient chers il y a bien longtemps, mais que leur cruauté restait graver en lui. Ils n’étaient que des agents de destruction qu’il fallait éliminer sans compassion aucune pour protéger Atréïa et ses peuples.

Il lui expliqua, avec un grand sourire complice, que cette séance n’était pas prévue, mais que l’improvisation avait été concluante. Elle savait désormais à quoi ressemblait l’ennemi d’Aion.

Son chemin ne faisait que commencer. Elle ne mesurait pas du tout ce que pouvait représenter la voie sur laquelle la guidait maître YU, ni où cela la mènerait, mais certainement au-delà du cocon qu’était le monastère. Mais elle ne savait pas quand. Elle avait appris aussi la patience.
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MessageSujet: Re: Ephémère Eternité   Ven 8 Jan 2010 - 1:51

Chapitre 3 - Itinéraire d'une aède
__________ - iii - __________


Douleur et révélation de l’éveil


Ce matin était comme à l’habitude, après la méditation et les mouvements martiaux, la petite collation du matin permettait à maître YU d’exposer à sa disciple le programme de la journée ou des jours à venir lorsqu’ils partaient en expédition.

« Le temps est venu pour toi, Elowyn, de savoir vraiment qui tu es. Tu maîtrises suffisamment ton esprit. Le passé et l’avenir qui se rattache à ton destin peuvent être révélés. En fait il te suffira simplement d’ouvrir ton âme pour que les fils de ta conscience te fassent cheminer dans le temps et l’espace. A toi de retenir les informations que captera ton âme, elles seront autant d’éléments qui t’aideront à reconstituer le puzzle de ta destinée.

- Et comment devrais-je faire cela ?

- En faisant le vide dans ton esprit tu as appris à te concentrer de façon puissante, tu arrives à être réceptive aux messages de la nature qui t’entoure. Cette nature baigne dans ce que l’on peut appeler la conscience d’Atréïa, qui imperceptiblement, guide les destinées qu’elle porte pour préserver ses propres équilibres.

- Alors je devrais élever mon esprit à ce niveau de conscience supérieure. Et Atréïa parlera avec moi ?

- En quelques sortes. Il s’agira de sensations à percevoir, à interpréter par ton corps et ton esprit. Mais saches que la puissance d’un tel échange méditatif demande une force et une énergie spirituelle qui peuvent avoir une influence notable sur ton corps et ton esprit.

- Et vous savez ce que je vais percevoir si j’arrive à atteindre ce stade de la méditation ?

- Non, chacun à sa propre existence et son propre lien avec Atréïa.

- Mais il existe un lien entre nous. Je l’ai toujours perçu.

- Oui, et peut-être trouveras-tu alors des éléments de compréhension à ce lien.

- Mais vous ne pouvez pas me l’expliquez tout simplement ?

- Non, car cela touche à la profondeur de ton être, et pour que tu le comprennes, si jamais nous devons en parler, il faut que tu es ressenti en toi la signification de ce lien.

- Et quand et où devrait commencer cet exercice de méditation ?

- Je vais t’emmener au cœur du désert. Là-bas il existe une grotte au fond de laquelle il te faudra avancer, dans le noir complet. L’Ether n’y est aucunement présent et tu ne pourras donc pas y faire appel. Tu y feras l’apprentissage de la solitude et de l’isolement. Seul avec ton corps, ton esprit et le silence de la roche. Il est un des rares endroits où l’esprit peut atteindre la vacuité nécessaire pour s’ouvrir à la conscience d’Atréïa.

- Et saurais-je retrouver mon chemin pour en sortir ?

- Tu resteras dix jours cloîtrée là-bas. Et je veillerais sur toi à distance, nos esprits sont liés tu le sais. » conclut le maître Aède dans un sourire rassurant.

Ils partirent donc à travers le désert. Leur marche dura trois jours. Ils campèrent tous les deux à l’entrée de la caverne. Elowyn s’immergeait peu à peu dans cet environnement reculé, isolé et propice à la solitude. Ils gardaient le silence, leur esprit pouvait ici communiquer intuitivement. Ils n’échangeaient pas de mots par leurs pensées, mais leurs regards et leurs propres constructions mentales semblaient se faire écho, comme une seule pensée qu’ils partageaient. Elowyn n’avait jamais été si proches de quelqu’un, du moins dans une relation autre que l’amour filiale. Cette proximité n’était pourtant pas due à ce lien de la destinée, mais à leur vie commune de maître et de disciples dont les modes de pensées finissent par se ressembler et parfois s’unir lorsque les conditions sont propices.

Au petit matin maître YU confia une gourde à Elowyn, elle lui servirait d’unique boisson et alimentation pour les dix jours à venir. Elle s’équipa d’une couverture, la froideur de grottes souterraines lui était connue. Elle garda son bâton qui l’aiderait à avancer dans la grotte et partit vers l’obscurité du fond de la caverne. Les notions d’espace et le temps disparurent peu à peu, au fur et à mesure qu’elle s’enfonçait dans les profondeurs de la terre rocheuse.

Elle finit par trouver l’endroit que ses sens lui indiquaient pour se poser et entamer sa méditation. Elle s’assit en tailleur, la gourde entre ses jambes, le bâton posé à côté d’elle à portée de main et la couverture sur les épaules.
Rien ne viendrait perturber son cheminement mental vers la vacuité. Elle se sentait légère et libre. La plénitude du vide l’emplissait de la satisfaction de savoir qu’elle ne faisait qu’un avec Atréïa. Poussière parmi la roche, goutte d’eau dans l’océan de la nature, fil ténu d’une conscience dans la toile infinie de la destinée, courant d’air d’une âme dans l’espace spirituel d’Aion. Elle n’était rien et sensible à tout.

Elle perçut tout d’abord un murmure lointain et profond comme la somme de tout. Une aube sur l’horizon circulaire, source de vie sans fin. Ses sens étaient à l’écoute.

Elle vit le visage de son père qui lui souriait, il volait à ses côté vers l’horizon flamboyant. Des flammes se formèrent, elle arrêta son vol alors que son père était irrésistiblement attiré par la source brûlante. Sans un cri il disparut dans le brasier. Un immense dragon parut alors sortant du brasier et riant de plaisir la gueule dégoulinante de sang. Elle se mit à hurler, mais aucun son ne sortait de sa bouche. Puis le dragon lui cracha des flammes qui lui léchèrent le corps, elle ressentit les brûlures et s’enfuit. Se retournant elle perçut le corps de son père sous la patte du dragon et baignant dans son sang, vivant mais soumis à une torture certaine et permanente. L‘immortalité et la souffrance éternelle.

C’était maintenant une nuée de Balaurs qui mettaient à feu et à sang la terre qu’ils arpentaient. Face à eux des guerriers ailés engageaient le combat. Terrible et sans pitié de part et d’autre. Les humains, simples mortels couraient apeurés se réfugier en direction d’une tour, immense, tel un pilier du monde.

Cette tour, la Tour d’éternité, toujours omniprésente se détachait derrière un visage. Un visage connu, familier. Maître YU. Mais infiniment plus jeune, bien que le visage toujours brulé en partie. Son regard intense était plongé dans le sien. Elle sentait sa main caresser le visage de cet homme qu’elle appelait Yffëonas, mais ce n’était pas sa main actuelle. Elle sentait l’amour pur, ce sentiment plus fort que tout autre qui l’unissait à cet Yffëonas. Celui-ci lui offrait un pendentif symbole de leur union spirituelle. Au delà de l’amour physiquement ressentit leurs âmes et leurs consciences s’entremêlaient.

Le visage s’éloigna. Un regard triste, la séparation de l’espace agissait comme une blessure, ou fusse la séparation du temps. Soudain la Tour se brisa une onde de choc traversa le monde. Elle ressentit sa part de la douleur d’Atreïa se brisant. Elle faisait don de sa propre essence pour soulager la douleur de sa terre et perdait dans ce même temps la réalité de son amour. A travers le temps et l’espace subsitait l’immortalité d’un espoir.

Elle se vit découvrant une terre lumineuse, dont Asmodae serait le négatif. Une série de visages inconnus et lumineux défila devant elle et nommaient sa mère. Un visage incconu passa un bref instant lui soufflant dans un murmure « je suis ton père ». D’autres visages inconnus, mais assurément Asmodiens, défilèrent devant elle, un nom les unissait comme une famille, elle n’en perçut que la fin « …aconis ».
Elle s’envolait embrassant d’un même regard tous ces visages, puis s’élevant encore à une vitesse vertigineuse et perçu Atréïa, Asmodae, les Abysses et Elyséa dans leur ensemble. Le monde se refermait sur sa blessure millénaire.

La vision d’Atréïa se transforma en une harpe baignée d’une aura divine. Elle s’en éloignait, l’objet trônant au fond d’une caverne. Puis l’objet disparut, le noir se fit. Telle une bouffée de temps et d’espace une secousse ébranla Elowyn. Elle retournait au fond de cette grotte et l’objet divin apparaissait dans une beauté attirante, envoûtante. L’esprit de l’artefact captivait tous les sens et la concentration. Il communiquait directement aux pensées de l’élue.

Elle recevait le don de l’immortalité pour protéger Atréïa. Tel était le message d’Atréïa au travers de cet artefact qui en était une émanation. Par ces moments d’échange d’une méditation particulière, elle avait ressenti diverses formes de souffrances et de douleurs afin de ne jamais oublier, pour elle et pour Atréïa.

La jeune femme s’écroula exténuée de cet échange avec son destin et la conscience d’Atéïa. Deux ailes noires aux reflets d’argent, si une lueur avait pu les éclairer, enveloppaient le corps de la jeune aède. Elle revint peu à peu à elle sans avoir conscience du temps qui s’écoulait. Elle apprit à apprivoiser, dans ce noir total, ses nouveaux attributs à plume.
Une fois remise elle entreprit de ressortir de la grotte guidée par le faible souffle de l’extérieur, son bâton la guidant dans les amoncellements rocheux. Il s’était écoulé dix jours. Son maître l’attendait et lui prodigua quelques soins, l’irriguant d’Ether.

Elle était désormais daeva. Le retour au monastère se fit à tire d’aile.
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